AGAPES FRANCOPHONES 2024
Notes de lecture _____________________________________________________________ 160 autres. Ed Pastenague est forcé d’intervenir et de couper court aux débats entre les quatre francophones qui défendent leurs positions, et prend le contrôle de la rédaction, au point que l’auteur lui-même reconnaisse ne plus savoir qui parle entre Tsepeneag et Pastenague, faisant voler en éclat la frontière auteur/narrateur. Le troisième chapitre de l’ouvrage, intitulé « Le réalisme onirique », s’intéresse aux traces de ce mouvement dans l’œuvre de Tsepeneag, et dans sa « trilogie européenne » : Hôtel Europa (1996) , Pont des arts (1998) et Au pays des Maramures (2001). En tant que critique littéraire, il définissait le réalisme onirique comme une catégorie à part entière, voisine du surréalisme et du fantastique. Préciser ce voisinage permet à Tsepeneag non seulement de situer le réalisme onirique dans le spectre de la littérature, mais aussi – et surtout – de le distinguer de ces courants, évitant ainsi toute confusion et affirmant son statut de « territoire autonome ». Le syntagme « réalisme onirique » semble paradoxal puisque rêves et réalité s’opposent naturellement, mais pour Tsepeneag, il en est autrement. Son ambition est de décrire la réalité en inscrivant la diégèse dans un univers réaliste, mais dans lequel les rêves et pensées s’invitent pour perturber l’espace et le temps et renforcer la subjectivité de l’expérience vécue. Cette esthétique permet à l’auteur des libertés vis-à- vis de la création, et une meilleure expression des ressentis, et des impressions. Il peut ainsi décrire une réalité non pas alternative mais modifiée, dans laquelle Paris et Bucarest se confondent. L’onirisme permet alors à l’auteur de rester dans le réel, tout en mettant en image le pont qu’il représente entre deux cultures. Le motif du rêve se prête aussi – encore une fois – à la métatextualité ; Margareta Gyurcsik relève de nombreuses occurrences de personnages qui dorment, rêvent, cauchemardent. L’autrice relève aussi pertinemment l’aspect ludique des romans de cette trilogie qui est une « œuvre ludique teintée d’humour et d’ironie » (34), dans laquelle l’écrivain joue sur les niveaux de récits et les symboles, dans ce qu’on pourrait appeler de manière ludique de l’orinico-ironisme . Le chapitre suivant, « À la recherche de l’Europe », se concentre sur le roman Hotel Europa (1996), et analyse une remise en question du parisianno-centrisme au sein de l’Europe : « Il n’y a pas que Paris en Europe », affirme l’écrivain roumain. Nous suivons dans le roman un narrateur qui voyage à travers l’Europe, à la rencontre de ceux qui ont été déçus de l’Europe de l’Ouest après avoir fui l’Est. Ode au multiculturalisme, le roman invite à voir une Europe aux identités multiples. Margareta Gyurcsik relève à la fois l’insistance sur la diversité des cultures européennes, mais aussi sur les points communs, les ponts , entre les pays. Ainsi, elle cite par exemple le « véritable paysage mioritique », c’est-à-dire un espace géographique roumain chargé affectivement, que le narrateur retrouve dans l’Est de la France. Encore une fois, un pont est construit entre les cultures françaises et roumaines, 160
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