AGAPES FRANCOPHONES 2024

La présence des animaux dans l’œuvre de Sonja Delzongle _____________________________________________________________ 15 français emblématiques sur ce sujet il faudrait mentionner Jospeh Kessel et son roman Le Lion , paru en 1946, ainsi que l’œuvre de Colette, auteur célèbre fascinée par les animaux 4 , et plus tard considérée comme une « pionnière de la cause animale. » 5 (Brunet 1986) Cette dynamique littéraire se prolonge et se renouvelle dans la littérature postmoderne et contemporaine, où les figures animales continuent d’occuper une place ambivalente, voire critique, comme chez Alice Ferney – Dans la guerre (2005), La règne du vivant (2014) – et Agnès Desarthe – Mes animaux (2014) –, ou dans les dystopies apocalyptiques, comme dans les textes de Tristan Garcia – Mémoires de la jungle (2010), Nous, animaux et humains (2011) (Vinaver- Ković, 2022). On retrouve également les animaux en marge des conflits dans presque tous les romans de Christian Bobin (Armengaud, 2024) et dans les romans de science-fiction de Pierre Bordage ( Les Fables de l’Humpur, 1999). Il existe également un monde imaginaire où l’animal disparaît, comme en témoigne l’essai Que sont les animaux (2010) de Frédéric Boyer. Enfin, le recueil de nouvelles Zoo (2006) de Marie Darrieussecq témoigne d’un rapport particulier à l’animal 6 (Troust, 2020) D’autres écrivains développent un univers imaginaire où la présence animale est plus discrète, mais néanmoins significative. L’œuvre de Michel Houellebecq en constitue un exemple notable. C’est dans ce contexte littéraire foisonnant que se distingue l’œuvre de Sonja Delzongle, laquelle mérite une attention particulière pour la manière dont elle articule l’animalité au cœur d’un genre codifié. Dans la prose de Delzongle, souvent considérée comme « la star française du thriller » et comme « l’étoile noire du polar français » 7 , les Yves-Michel Ergal et Patrick Werly (dir.), Littérature et expériences croisées de la guerre, apports comparatistes. Actes du XXXIX e Congrès de la SFLGC , Strasbourg, 2014. 4 « De cette fiction de la relation, Colette fut une pionnière et ouvrit la voie à une écriture novatrice fondée sur la valorisation des rapports entre humains et non-humains. » (Desblaches 2011, 36) 5 Voir à ce sujet « Colette, pionnière de la cause animale » par Camille Renard, le 19 janvier 2021, https://www.radiofrance.fr/franceculture/colette-pionniere-de-la-cause- animale-9941069 6 Voir Colette Troust, « Les animaux et nous chez Marie Darrieussecq : une coexistence indispensable », in Dalhousie French Studies , 2020 /115, p. 11–19. 7 Nous empruntons ce syntagme à François Busnel. (« Sonja Delzongle : l’étoile noire du polar français », URL : https://www.youtube.com/watch?v=KapzkV--C5A&ab_channel= LaGrandeLibrairie-FranceT%C3%A9l%C3%A9visions). L’opus littéraire de Sonja Delzongle ne doit pas être interprété uniquement dans le contexte du genre du polar et des romans policiers, avec lesquels cette autrice a conquis des dizaines de milliers de lecteurs et critiques littéraires. Ses œuvres recèlent de nombreux matériaux pour développer diverses analyses littéraires et théoriques, comme la présence de la culture serbe dans son œuvre, la psychologie de ses personnages, et également, même si cette autrice s’oppose à ce constat, l’évocation de la crise écologique. Dans un entretien avec l’auteur de ce texte, Sonja Delzongle a indiqué que son objectif n’était pas de créer des romans écologiques : « Je ne qualifierais pas mes romans de "romans écologiques", tout simplement parce qu’ils s’étendent à d’autres thématiques actuelles, sociétales, criminelles, psychologiques, scientifiques, voire historiques et politiques, avec, parfois, un aspect en effet dit "environnemental" » (Entretien non publié avec l’auteur cet article). Dans d’autres 15

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