AGAPES FRANCOPHONES 2024

Velimir MLADENOVIĆ _____________________________________________________________ 16 animaux sont omniprésents et jouent un rôle structurant dans son univers imaginaire, bien au-delà des codes traditionnels du genre policier. Le choix de l’écrivaine d’origine serbe se justifie par la singularité avec laquelle elle intègre la figure animale à un genre – le thriller, souvent perçu comme anthropocentrique et éloigné des préoccupations environnementales ou zoopoétiques. Cette singularité permet d’explorer une dimension peu étudiée du genre policier contemporain. Cette originalité se manifeste notamment à travers les multiples fonctions que les animaux occupent dans la structure narrative de ses romans. Tantôt personnages de premier plan au cœur de la narration, tantôt métaphores des relations humaines, les bêtes apparaissent également comme des compagnons discrets de l’homme, en arrière-plan, assumant le rôle de témoins silencieux ou d’observateurs de la société, et également des fonctions d’enquêteurs, de protecteurs et de médiateurs entre l’humain et le monde animal (Pranville, 2020). Qu’il s’agisse d’animaux sauvages, d’animaux de compagnie ou d’espèces rares, leur présence soulève une réflexion profonde sur la destruction de la biodiversité. À travers eux, l’autrice adopte une approche philosophique et métaphysique, interrogeant notre rapport au vivant et les conséquences de nos actions sur l’environnement. C’est dans cette perspective que s’inscrit notre étude 8 dont le but est d’analyser la place et les fonctions des animaux dans l’œuvre de Sonja Delzongle, en mettant en lumière leur rôle narratif, symbolique et éthique à travers deux axes complémentaires. Notre hypothèse centrale est que, chez Delzongle, l’animal dépasse sa simple fonction narrative ou symbolique pour devenir une véritable instance critique post-humaniste, interrogeant radicalement l’anthropocentrisme inhérent au roman policier traditionnel et révélant les failles éthiques et existentielles contemporaines. Notre étude propose d’aborder cette question sous deux angles complémentaires. Dans un premier temps (« Les animaux dans leur habitat »), nous examinerons la représentation des animaux sauvages dans leurs environnements naturels, interrogeant notamment le rapport conflictuel avec l’homme et les implications environnementales. Dans un second temps (« De l’humain à l’animal : une différence en question »), nous approfondirons comment la distinction traditionnelle entre humain et animal est remise en cause par les relations intimes, psychologiques et narratives établies entre eux. Ce double éclairage vise à démontrer comment l’écriture de Delzongle transforme profondément les conventions du thriller contemporain, en le confrontant aux problématiques urgentes d’ordre écologique, éthique et philosophique. En définitive, il s’agira aussi de déterminer en quoi l’écriture conversations avec ses lecteurs, Delzongle ne se considère pas comme écologiste car elle utilise la voiture et l’avion ; elle se décrit plutôt comme une écrivaine simplement « préoccupée » par la planète. 8 À notre connaissance, et après avoir échangé avec l’autrice, il n’existe aucune étude qui traite des animaux dans son œuvre. 16

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