AGAPES FRANCOPHONES 2024
Velimir MLADENOVIĆ _____________________________________________________________ 18 quatre lionnes, considérées comme des « bêtes sauvages ». L’histoire met en lumière les instincts animaux, le besoin de nourrir et de protéger les petits. Ainsi, elle décrit un très jeune buffle cerné par quatre lionnes. La mère fait tout son possible pour sauver son petit, alors que le reste du troupeau assiste au drame en silence sans prêter la moindre attention à la scène qui se déroule à quelques mètres seulement. Le récit adopte ici une focalisation interne sur la lionne, brouillant la frontière entre narration humaine et perception animale. Ce choix narratif accentue l’identification éthique du lecteur, comme l’exige la zoopoétique. Cette scène, très visuelle, rappelle les documentaires animaliers, mais sous la plume de Delzongle, elle devient une allégorie de l’indifférence du collectif face à la souffrance individuelle — humaine ou animale. Le troupeau de buffles paraît guetter patiemment l’instant opportun pour fondre sur les lionnes. Dans ce texte, l’homme n’est réduit qu’à un simple spectateur, témoin impuissant de la brutalité inhérente à la nature, tandis que les touristes, fascinés et terrifiés, assistent à ce drame sauvage. En scrutant ces animaux, la narratrice est profondément émue par la pureté et l’authenticité de leur existence : Le plus frappant était l’indifférence du troupeau, qui, à une vingtaine de mètres de là où se jouait la vie de deux de leurs congénères, continuait à paître comme si de rien n’était. Je voulais crier, mais, seules des larmes roulaient sur mes joues malgré moi. De tristesse, face au sort tragique du petit qui ne se relevait plus, autant que de fascination pour la grâce de ce spectacle. (Delzongle 2021a, 58) Dans le roman Boréal , Sonja Delzongle met en lumière la vulnérabilité de la nature et des animaux face aux changements climatiques, notamment à travers les menaces qu’une cause invisible fait peser sur la faune dans son habitat naturel. Des scientifiques du monde entier découvrent de véritables cimetières d’animaux, tandis que les ours polaires, touchés par la fonte des glaces, deviennent plus agressifs à cause de la raréfaction des ressources alimentaires. Les corbeaux y sont présentés comme des messagers de mauvais présages, et les chiens, indispensables à l’expédition, incarnent le lien de solidarité entre les humains. L’auteure décrit également des animaux décimés par des épidémies, des substances toxiques ou des catastrophes naturelles, comme des troupeaux de rennes foudroyés. Dans cet univers rude et glacé, les animaux sauvages, malgré leur puissance et leur résilience, sont livrés à la merci de catastrophes souvent provoquées ou aggravées par l’activité humaine. Ainsi, les animaux dans leur environnement naturel ne sont pas simplement des victimes passives, mais deviennent de véritables sentinelles du vivant, incarnant le collapse du vivant à l’ère de la crise climatique. Cette fonction des animaux comme sentinelles du vivant s’inscrit pleinement dans le cadre de l’écocritique, qui met en lumière la vulnérabilité des écosystèmes face aux actions humaines. Par ailleurs, l’importance accordée aux représentations animales dans ce 18
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