AGAPES FRANCOPHONES 2024
La présence des animaux dans l’œuvre de Sonja Delzongle _____________________________________________________________ 19 contexte reflète la dimension zoopoétique de l’œuvre, où la narration donne forme à l’altérité animale et invite le lecteur à une nouvelle forme d’empathie. Enfin, cette critique implicite s’ancre dans les questionnements liés à l’anthropocène, soulignant la responsabilité humaine dans la dégradation environnementale. Par ce portrait, la romancière critique implicitement la perspective anthropocentrique en exposant la vulnérabilité du monde naturel face à l’action humaine, si bien qu’en somme, les animaux dans leur environnement naturel apparaissent comme des « victimes de destructions » (Delzongle 2018, 21). Dans le roman Le Dernier chant , qu’on peut considérer comme le chef-d’œuvre de Delzongle, le monde des animaux est au centre de l’intrigue. Il constitue le point de départ de toutes les réflexions liées à la relation entre l’homme et les animaux et à la nature en général, ainsi qu’à la relation de l’homme à lui-même. Les animaux sauvages et domestiques mentionnés dans le texte rendent compte de toute la cruauté de l’espèce humaine envers le monde animal : les oiseaux migrent en raison de la pollution, les grandes villes restent silencieuses, sans un bruit naturel. L’absence des animaux est ce que l’homme peut tout de suite percevoir dans ces villes ; ce manque souligne alors l’aspect artificiel de ces lieux : « Mais son chant rendait quelque chose de différent. De la tristesse en émanait. Une tristesse inhabituelle, qui ressemblait davantage à une profonde détresse. Liam en recevait chaque vibration, chaque tremolo, comme autant de corps de poignard dans le ventre et sentait sa gorge rétrécir » (Delzongle 2021b, 11). Trois histoires différentes sur des animaux, provenant de trois endroits différents du monde, sont présentées dans ce roman à la structure complexe. Les animaux y meurent de manière inexpliquée. Le personnage du roman Liam aperçoit des cadavres dans le fleuve Saint- Laurent, des phoques, des rorquals, des baleines, des dauphins et même quelques orques, des milliers de cadavres flottant dans l’eau. L’autre fil narratif du roman a pour cadre la réserve Lesio-Louna, au Congo, et se situe au mois d’octobre 2021. Un chercheur suit et étudie un groupe composé de sept gorilles adultes et de neuf femelles. L’une d’elles, nommée Chance est découverte à moitié morte de faim au pied d’un arbre, d’où elle était tombée en même temps que sa mère atteinte par une balle. La troisième histoire est située à Grenoble, à l’Institut de virologie moléculaire et structurale où travaille Shan, originaire du Cambodge, et qui a effectué son doctorat en biologie. Selon lui, un virus animal attaque les animaux : Des lignes et des chiffres recouvraient les pages. Des rapports détaillés sur des évènements récents et des phénomènes inexpliqué et mortels, faisant des ravages chez les animaux, aussi bien sauvages que captifs aux mêmes domestiques. Un mal qui présentait de prime abord toutes les caractéristiques d’une épidémie. Pour le moment, l’espèce humaine semblait épargnée, sauf dans le cas d’une tribu inuit vivant dans un village du sud du Groenland. (Delzongle 2021b, 23) 19
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