AGAPES FRANCOPHONES 2024

Velimir MLADENOVIĆ _____________________________________________________________ 22 cimetière d’animaux — un signe dramatique de la fragilité des liens entre l’homme et son environnement. Mais au-delà de cette distance écologique, ses personnages tissent des liens profonds avec des animaux, domestiques ou sauvages, témoignant d’une forme d’intimité partagée, voire d’une complicité mutuelle. La remarque de l’autrice selon laquelle « un animal ne fera jamais de reproches à son maître » (Delzongle 2020, 77) cristallise cette idée d’une relation fondée sur la fidélité, la simplicité et la pureté affective, contraste saisissant avec les rapports humains plus ambivalents. Ce lien est incarné aussi par Ernest Gard dans L’Homme de la plaine du Nord , qui établit un dialogue silencieux mais riche de sens avec son rat Berlioz. La focalisation sur l’intelligence et l’autonomie de cet animal qui « se laisse apprivoiser, s’il le veut bien et par qui il a choisi » (Delzongle 2020, 9) met en lumière un questionnement zoopoétique sur l’animalité comme altérité relationnelle. Cette reconnaissance d’une forme d’intelligence singulière et d’une volonté propre ouvre la voie à une réflexion post-humaniste qui décentre l’humain comme seul sujet pensant, témoin d’un déplacement fondamental dans la littérature contemporaine. Avant l’arrivée de Berlioz, son rat préféré, Ernest Gard avait déjà possédé plusieurs rongeurs et en hébergeait encore dans son appartement, aménagé de grandes cages leur offrant une certaine liberté de mouvement. Il décrit Berlioz comme un animal exceptionnellement intelligent, fidèle et très attentif aux comportements humains, un véritable observateur qui semble tout enregistrer. L’Homme de la plaine du Nord explore le meurtre présumé d’un homme, potentiellement attaqué par une meute de chiens appartenant à Ange Defer. Le roman met en scène deux représentations opposées du chien : d’un côté, l’animal loyal, compagnon de l’homme et soutien dans ses enquêtes ; de l’autre, une créature plus sauvage et agressive, capable de violence, voire de tuer. Face aux accusations, la propriétaire des chiens impliqués tente de se justifier en déclarant : Mes chiens étaient un peu de moi, tout comme mes autres animaux. Pourquoi choisit-on une race plutôt qu’une autre… Vous allez interroger tous les maîtres de staffs ou de pitbulls pour leur demander pourquoi ils aiment cette race ? J’ai eu des chiens qui me correspondaient. Justement, parce que décriés et mal aimés. On peut en faire autre chose que des machines à tuer. Mais il arrive qu’il y ait des loupés. Personne n’est infaillible. (Delzongle 2020, 174) On retrouve à plusieurs reprises dans les textes de Delzongle cette réflexion que les animaux domestiques sont souvent semblables à leurs propriétaires, que l’animal est souvent le reflet de son propriétaire : « Les chiens deviennent ce qu’on attend d’eux et sont le reflet fidèle de leur maître. Si le maître est un con, ses chiens aussi » (Delzongle 2020, 170). Dans l’analyse des relations humaines aux animaux dans l’œuvre de Sonja Delzongle, le cas d’Hanah Baxter offre un éclairage particulièrement riche sur la porosité des frontières entre humain et 22

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