AGAPES FRANCOPHONES 2024

La présence des animaux dans l’œuvre de Sonja Delzongle _____________________________________________________________ 25 plus bas. Une chance incroyable ! Une joie folle l’étreignit avant même qu’elle ne s’assure que le chat n’était pas blessé. (Delzongle 2017, 189) Cet épisode fait partie des nombreux exemples qui révèlent l’empathie des personnages envers les animaux et la profondeur des liens qu’ils entretiennent avec eux. Il est également significatif de constater que, dans les romans de Delzongle, ceux qui détruisent la nature ou maltraitent les animaux restent en retrait, rarement mis en avant. Par ailleurs, l’autrice utilise fréquemment les descriptions animales et le choix des espèces pour exprimer les peurs et les angoisses de ses personnages : « Elle [Baxter] n’aimait pas voir les animaux souffrir, et elle se sentait mille fois plus proche d’eux que de l’espèce humaine » (Delzongle 2020, 78). Malgré la volonté manifeste de mettre en lumière l’aspect bienveillant des relations humaines aux animaux, fondées sur la tendresse et la confiance, les romans de Sonja Delzongle soulignent néanmoins des divergences fondamentales entre l’homme et la bête. L’une des différences majeures réside dans la responsabilité exclusive de l’homme dans la destruction de la nature et de ses créatures. Les textes étudiés n’apportent cependant pas de réponse explicite à la question cruciale de savoir comment préserver à la fois les hommes et les animaux face à cette dévastation. L’autrice établit un parallèle saisissant entre les anciens rites religieux et la condition contemporaine. Autrefois, les animaux étaient sacrifiés aux divinités, qu’elles soient divines ou liées aux forces de la nature, dans le but d’expier les fautes humaines ; leur mort revêtait alors une dimension à la fois symbolique et sacrée. Or, selon Delzongle, ce rapport sacré a été profondément perverti : la foi en Dieu s’est estompée, et les animaux ne sont plus sacrifiés pour des motifs spirituels, mais réduits à de simples objets d’exploitation économique : Le manque de compassion du rabbi valut à celui-ci le châtiment divin. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Tu parlais de la présence de larmes de chagrin chez les animaux atteints de ce mal. Condamnés à l’abattoir et à l’extinction pour nos besoins, ils demandent à être épargnés, mais on les repousse sans cesse. On ignore leur souffrance. Dans la Bible ou dans les rituels de Dieu ou aux dieux de la nature, les animaux ont été sacrifiés pour racheter les crimes commis par les humains. C’est fini tout ça. Dans notre culture, on ne sacrifie plus rien à Dieu puisqu’on n’a jamais autant douté de son existence. Et la valeur de ces animaux sacrifiés à nos besoins n’est plus symbolique ou religieuse, mais uniquement marchande. (Delzongle 2021, 109) Cette critique rejoint les questionnements fondamentaux de l’ animal critique : elle met en lumière l’effacement des valeurs symboliques et la déshumanisation (ou dé-animalisation) croissante, tout en soulignant la nécessité d’une revalorisation éthique et esthétique de 25

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