AGAPES FRANCOPHONES 2024

Variations de la violence au masculin dans la littérature féminine issue de l’immigration maghrébine _____________________________________________________________ 43 Cette accumulation de violences – sociale, sexuelle et économique – souligne à quel point les personnages des romans du corpus sont enfermés dans un système oppressif qui les prive de liberté, de dignité et d’autonomie. Conclusion Sans qu’elles ne mettent en scène des actes extrêmes, les écrivaines issues de l’immigration maghrébine font de la violence, sous toutes ses formes (physique, verbale, sexuelle, psychologique, économique, etc.), un leitmotiv de leurs œuvres. L’analyse des romans du corpus révèle que l’abus de force est majoritairement exercé par des figures masculines détenant une forme d’autorité, que ce soit par leur statut (pères, policiers, membres influents du groupe, etc.) ou par leur naissance (les premiers-nés). Des personnages comme Monsieur Azouik, Monsieur Nalib, Monsieur Zeldani, Mohamed ou Yacine imposent leur domination en associant presque systématiquement la violence verbale à la violence physique, consacrant ainsi leur position hiérarchique au sein du foyer et réduisant leurs interlocuteurs à une position de soumission. Dans l’espace urbain, la dynamique de la violence change : les agresseurs et leurs victimes ne se connaissent pas nécessairement, et les conflits surgissent spontanément, souvent sous l’effet d’une tension sociale exacerbée. Ces confrontations prennent parfois une dimension raciste ou territoriale, tandis que, dans le cadre d’une guerre, la violence atteint un niveau de sauvagerie où toute forme de limite semble abolie. Ces récits dressent ainsi un portrait saisissant de sociétés marquées par la brutalité des rapports de pouvoir et par l’impossibilité, pour les plus vulnérables, d’y échapper sans en subir de lourdes conséquences. Cependant, ces romans ne se limitent pas à l’exposition d’un monde brutal et oppressant : ils interrogent aussi la place des victimes et leurs réactions face à cette violence systémique. Se résignent-elles à la subir en silence, ou osent-elles la confronter, au risque d’y perdre encore davantage ? Ce questionnement ouvre une première piste d’analyse pour prolonger cette réflexion. Une autre direction possible serait de mettre en parallèle la violence racontée par les auteures issues de l’immigration maghrébine, et celle représentée par leurs confrères masculins. Une telle confrontation pourrait révéler non seulement des différences d’intensité dans la mise en scène des agressions, mais aussi l’apparition d’espaces spécifiques à cette violence – comme la cave ou la prison – qui demeurent quasi absents des récits dits « féminins ». Ainsi, loin de se limiter à un simple constat, ces œuvres nous invitent à repenser les mécanismes de domination et de résistance, interrogeant le rôle de la littérature dans la mise en lumière des violences invisibles et dans l’émergence de nouvelles formes de contestation. 43

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