AGAPES FRANCOPHONES 2024

TAIBÉ Marcel et SAMEDI Koye _____________________________________________________________ 84 d’amitié avec Louis-Philippe, écrivain haïtien. Louis-Philippe est un maître dans l’art romanesque pour le narrateur, lui l’écrivain qui est encore à ses débuts. Le roman se transforme en un atelier d’écriture au cours duquel l’Africain reçoit le cours pratique sur l’art d’écrire le roman. Louis-Philippe donne des conseils techniques de réussite et attire nécessairement l’attention de son apprenant sur les erreurs à éviter. Son témoignage ne cache pas sa reconnaissance à l’endroit de son maître : « Je rends toujours visite à Louis-Philippe […] Je lui ai fait lire une bonne partie de ce que j’ai écrit jusqu’à présent. Il m’a dit que ce n’est pas encore ça, que je dois savoir organiser mes idées au lieu d’écrire sous l’impulsion de la colère et de l’aigreur. » (BB, 181) La formation de l’écrivain congolais africain par Louis-Philippe d’origine martiniquaise participe de la dimension transculturelle de l’écriture de Mabanckou qui fait écho au métissage culturel dont parle Senghor : « Notre vocation de colonisé est de surmonter les contradictions de la conjoncture, l’antinomie artificiellement dressée entre l’Afrique et l’Europe. [...] Tel est exactement notre destin de métis culturels » (1964, 103). L’ouverture au dialogue culturel est une exigence plutôt qu’un choix délibéré. À bien des égards, l’illustration de l’âme authentique africaine ne préoccupe plus les enfants de la postcolonie. En clair, chez Mabanckou le dialogue avec l’Altérité se traduit à la fois par la poétique et la vision du monde sur l’Afrique. Bien qu’enraciné dans les valeurs du continent africain, le romancier ne traîne pas toujours cette Afrique-là. Il serait donc vain pour les africanistes chauvins de trouver chez cet écrivain du monde l’âme authentique africaine. Le degré d’ouverture au monde extérieur change radicalement son statut d’écrivain. Par cette perspective transculturelle, Mabanckou passe du statut d’écrivain africain à celui de l’écrivain du monde. Conclusion Au cours de cette analyse, nous avons cherché à démontrer comment la prose romanesque de Mabanckou oscille entre rejet de l’africanité et quête de l’universel. Chez Mabanckou, sortir de l’africanité chère à la négritude, est une urgence sous peine de sombrer dans le repli identitaire. D’où la représentation des personnages immigrés critiquant l’histoire de l’Afrique, les cultures africaines et faisant tomber les frontières nationales. Dans ce sens, la littérature francophone africaine prend un nouveau tournant qui opte pour la quête de l’universel. En tant que porte-parole, Mabanckou milite pour la littérature-monde en français tout en apportant certains aspects culturels d’origine dont les vertus s’étendent à la totalité des hommes de la planète. Pour l’écrivain francophone africain, la conquête des valeurs universelles est une nécessité en cette époque favorable à l’identité transculturelle. 84

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=