AGAPES FRANCOPHONES 2024

Sortir de l’africanité, un défi pour la littérature francophone africaine. Le cas d’Alain Mabanckou _____________________________________________________________ 83 II.2. Ouverture aux valeurs universelles Par une écriture appartenant à l’entre-deux, Mabanckou rejoint l’universel. Il s’agit de la nouvelle posture de l’écrivain francophone d’Afrique qui ressent de la gêne dans les cercles étroits que lui tracent les étiquettes de tous bords. L’hybridité devient l’une des caractéristiques de ces nouvelles écritures contemporaines. C’est pourquoi, l’écrivain adopte l’image d’un oiseau migrateur qui vole sans se fixer sur un arbre. Pour Mabanckou : « L’universel est le sentiment que nous faisons de notre intelligence et du mélange de nos cultures… Au fond et on le sait déjà, l’universel, c’est le local moins le mur. » (2007, 59-60) Évitant tout repli identitaire, Mabanckou jouit désormais d’une liberté qui lui permet de produire en toute objectivité. L’Afrique et les Africains n’arrivent pas à admettre le génie créateur de l’artiste. Partant du principe selon lequel l’art au même titre que la science n’a pas de nationalité, l’écrivain porte sa voix au-delà des frontières pour toucher l’humanité entière. Ainsi l’ouverture à l’Altérité est une valeur universelle prônée par Mabanckou à travers ses personnages voyageurs. Toutefois, le dialogue avec l’Autre ne signifie pas une rupture avec les racines. Mabanckou ajoute à cet effet : « Jamais il ne sera question d’abandonner son être et de le vendre aux enchères publiques. Je suis conscient et plus que convaincu que c’est par le local qu’on atteint le monde, l’universel. » (2007, 59-60) Ainsi l’auteur de Black Bazar s’inscrit dans la quête de l’universel. Le romancier ne se cantonne point dans les valeurs africaines. C’est pourquoi il affirme : « Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres… Je ne suis pas prisonnier de l’histoire, je ne dois pas y rechercher le sens de ma destinée … Dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement. » (Mabanckou 2007, 57) II.3. La quête de l’identité transculturelle À bien des égards, le dialogue avec les autres cultures du monde est l’un des fondements de l’identité de Mabanckou. En effet, le romancier doit sa renommée internationale en partie pour son ouverture au monde. Mondialisation oblige, Mabanckou s’approprie la culture de l’Autre. La perspective transculturelle dont fait preuve son écriture fait passer son univers imaginaire comme un lieu de brassage culturel. L’auteur de Black Bazar maintient le dialogue avec l’art des grands auteurs américains et européens. La société d’accueil découvre alors le narratif produit par les migrants. C’est à juste titre que Homi Bhabha souligne : « La métropole occidentale doit affronter son histoire postcoloniale, racontée par son afflux de migrants et de réfugiés de guerre, comme un récit indigène interne à son identité nationale » (1994, 36-37) Le roman, Black Bazar traduit cette dynamique nouvelle de la création littéraire impulsée par la poétique transculturelle. En effet, le texte met en scène des personnages de diverses nationalités qui entretiennent des échanges culturels. Le narrateur surnommé Fessologue est un personnage d’origine congolaise qui tisse des liens 83

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