AGAPES FRANCOPHONES 2025
Georges Perec : un écrivain à la recherche de ses racines 114 revenentes, paru en 1969, relève de la même prouesse technique et d’une virtuosité extraordinaire. Perec et les autres Oulipiens se servent en effet des contraintes pour, paradoxalement, se libérer de toute sclérose de la pensée, de la sujétion aux clichés, pour échapper à l’emprise de l’habitude. Ils se comparent à « des rats qui se construisent eux-mêmes un labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». On pense, bien sûr, à La vie mode d’emploi, ce puzzle de six cents pages et quatre-vingt-dix-neuf chapitres, qui raconte une histoire de puzzles cocasse et abracadabrante, faisant vivre quelques deux mille personnages. Ce fut pour Georges Perec le fruit de neuf années de travail et de jubilation, respectant un cahier des charges précis avec des contraintes multiples, selon une architecture encyclopédique suivant le mode de circulation de la polygraphie du cavalier du jeu d’échecs. Ce livre valut à Georges Perec le Prix Médicis en 1978. La presse de l’époque admirative s’en fit l’écho : « C’est un prodigieux livre - brocante, qu’on visite sans se presser, à la fois livre fourre-tout, livre promenade. » (Jacques-Pierre Amette pour Le Point ). « Jeux de miroirs et tables gigognes, entrez dans cet immeuble et vous ferez le tour du monde. Un vertige majuscule. Quand on en sort, on est léger comme une montgolfière. » (Catherine David dans Le Nouvel Observateur ). 4. Georges Perec, « le météore » Peu avant de mourir prématurément le 3 mars 1982, Georges Perec se rendit en 1980 avec son ami cinéaste et producteur Robert Bober à Ellis Island, longtemps appelée « l’île aux larmes » à New York, ce lieu d’exil, ce non - lieu qui vit passer tant d’émigrés de 1892 à 1954. Cette visite, sorte de pèlerinage à la recherche de ses racines juives, a permis la réalisation d’un film en 1979 -1980 avec commentaires de Georges Perec et d’un livre -méditation sur ce lieu : Récits d’Ellis Island. Georges Perec usait fréquemment de la métaphore de l’agriculteur qui cultive plusieurs champs en même temps, pour se décrire lui-même, lui qui menait plusieurs travaux de front, notant dans son « tableau des œuvres à produire » les engagements d’écriture q u’il s’imposait en se fixant des dates - limites. Il donnait l’impression d’être une sorte d’ordinateur, auquel il a souvent été comparé. Il disait peu avant de mourir qu’il avait du travail à faire pour les vingt années à venir. Et dans ses projets figurait un livre qui se serait intitulé : L’arbre . Dans Le dialogue de l’Arbre, Paul Valéry, inspiré quant à lui par Les Bucoliques de Virgile, décrit en 1943 la force tellurique des racines, invisibles car enfouies dans la terre, qui pourtant permettent à l’arbre de prendre racine, de se nourrir et de grandir. Georges Perec, orphelin très tôt, a su envers et contre tout « prendre greffe » et nous
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