AGAPES FRANCOPHONES 2025
Jacqueline BRETON 113 collègues et le titre de « roi de la fiche », de « taxinomiste fou », et surtout il est à l’origine de sa jubilation des calembours, des contrepèteries, des mots croisés, dont il disait : « Ce sont des gammes. ». Il fut un cruciverbiste célèbre et attendu des lecteurs pour « Le point ». Émerge ainsi le vertige perecquien pour mettre de l’ordre dans l’univers : « cataloguer, classer, classifier, découper, énumérer, grouper, hiérarchiser, lister, numéroter, ordonnancer, ordonner, ranger, regrouper, répartir, subdiviser, distribuer, discriminer, caractériser, marquer, définir, distinguer, opposer, etc. ». ( Penser. Classer , 85). De même, pour écrire Les choses sous-titré Une histoire des années cinquante qui lui valut le prix Renaudot en 1967 et le début de la célébrité, c’est son plaisir de « Triturer, malaxer, combiner les lettres et les mots » pour « décrire le monde où je vis et celui où je vis et moi écrivant » qu’il évoque dans une interview, dans le but « d’écrire tout ce qui est possible à un homme d’éc rire et tout rassembler pour ne perdre aucune trace » ( Les choses , 145). Perec – un amnésique devenu hypermnésique, l’homme qui ne voulait pas oublier. 3.5. L’Oulipo Cette jubilation pour les mots, l’écriture comme reconstruction grâce aux vingt- six lettres de l’alphabet toujours disponibles, son goût du je u 49 l’ont naturellement amené à entrer en 1967 à l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), ce mouvement littéraire de recherche expérimentale fondée sur l’écriture sous contraintes, créé en 1960 p a r François Le Lionnais e t Raymond Queneau. Comment ne pas évoquer ses palindromes, ses listes, ses inventaires, son Je me souviens , sa passion pour les dictionnaires, ses acrostiches mais surtout son premier lipogramme, La disparition , cette prouesse de roman sans e , « sans eux », disait-il lui-même. Ce texte est essentiel sur la part du manque comme ressort de l’écriture : sans « e », plus de père, plus de mère, plus de je , plus d’eux, ni de Georges Perec. Le moteur, c’est le manque, et en lisant ce livre énigmatique, « héroïquement inutile » ( Levin Becker), on comprend bien pourquoi Georges Perec est désigné à la Cité internationale de la langue Française au château de Villers-Cotterêts par la périphrase : « le tortionnaire des mots ». Le roman monovocalique en « e », Les 49 Georges Perec passe des heures avec ses amis à jouer au joker, à la belote, au barbu, au bridge, au Scrabble, au Monopoly, au jeu de go : il écrivit même Le Petit traité de go avec Jacques Roubaud et Pierre Lusson.
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