AGAPES FRANCOPHONES 2025
Georges Perec : un écrivain à la recherche de ses racines 112 (l’indicible n’est pas tapi dans l’écriture, il est ce qui l’a bien avant déclenchée) ; je sais que ce que je dis est blanc, est neutre, est signe une fois pour toutes d’un anéantissement une fois pour toutes. C’est cela que je dis, c’est cela que j’écris et c’est cela seulement qui se trouve dans les mots que je trace, et dans les lignes que ces mots dessinent, et dans les blancs que laisse apparaître l’intervalle entre ces lignes [...] je ne retrouverai jamais , dans mon ressassement même, que l’ultime ref let d’une parole absente à l’écriture, le scandale de leur silence et de mon silence : je n’écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n’écris pas pour dire que je n’ai rien à dire. J’écris : j’écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j’ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leur corps ; j’écris parce qu’ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l’écriture : leur souvenir est m ort à l’écriture ; l’écriture est le souvenir de leur mort et l’ affirmation de ma vie ». (W, 63-64). C’est dire à quel point, malgré le vide éprouvé toute sa vie face à l’absence de racines, le souvenir d’un lien charnel existe. Ce manque lui a permis de mettre en avant l’existence d’un lien viscéral et profond qu’il met à jour par son seul moyen d’expression : l’écriture. Au terme de son travail psychanalytique, Pérec a pu écrire et restaurer la filiation qu’on lui a volée. Il est capable de penser la mort de ses parents, d’écrire « pour E. ». « Pour eux » dira-t-il à sa nièce qui s’interrogeait sur cette mystérieuse dédica ce. Et de conclure sur France Inter en 1978 : « Il y a eu un combat qui s’est traduit par un livre très important qui est W ou le souvenir d’enfance . Il est la recherche de mon souvenir, de mes racines. Il réalise l’enquête sur cette enfance dont j’ai été privé. Le problème était de retrouver la douleur que j’aurais eue, qui m’avait été dérobée, parce que finalement, quand mon père est mort, j’étais t rop petit pour m’en rendre compte. Quand ma mère est morte, je ne l’ai pas su. C’était en 1943, j’étais dans les Alpes et il a fallu… que je les enterre. » L’écriture de son autobiographie est donc en quelque sorte le tombeau poétique qui lui permet de faire le deuil de ses parents… Et de les ressusciter aussi. On pense à ce vers de Vigny dans « L’esprit pur » ( Les destinées ) : « Si j’écris leur histoire, ils descendront de moi ». 3.4. Perec au CNRS C’est aussi dans son travail de documentaliste archiviste en neurophysiologie au CNRS qu’il assuma de 1961 à 1978 et pour lequel il avait une passion quasi obsessionnelle qu’il va dépouiller des milliers d’articles hautement techniques pour en faire autant de fiches. Ce travail boulimique sur les mots lui valut l’admiration de ses
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