AGAPES FRANCOPHONES 2025

Jacqueline BRETON 111 maigres souvenirs d’enfance pour « Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. » ( Espèces d’espaces , 74), ce qui n’exclut ni les oublis, ni les doutes, ni les hypothèses, ni les (ré) interprétations, à l’instar de la première femme de l’Académie Française, orpheline de mère elle aussi, dans son Labyrinthe du monde . La description précise des rares photographies qu’il a de ses parents justifie le néologisme de « photaubiographie », auquel aura recours Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, qui reconnaîtra l’influence que Perec a eue sur son œuvre. Deux épigraphes, empruntées à Raymond Queneau, nous éclairent sur ce projet autobiographique hybride si singulier et illustrent à merveille le double sens du mot « racines », le terme renvoyant à une racine indo-européenne Wrad qui signifie à la fois « racines » et « rameaux ». La première épigraphe : « Cette brume insensée où s’agitent des ombres, comment pourrais - je l’éclaircir ? » (W, 11) renvoie à « racines » comme source, fondement. La question et le conditionnel soulignent la difficulté de retrouver la mémoire, la source. Puis, c’est « racines » au sens de « greffe, rameau » qui est utilisé dans la seconde épigraphe : « Cette brume insensée où s’agitent des ombres, - est-ce-donc là mon avenir ? » (W, 91). Il est impératif de retrouver la mémoire pour se réapproprier son passé, pour avoir un avenir, pour pouvoir continuer à exister. « Mais l’enfance n’est ni nostalgie, ni terreur, ni paradis p erdu, ni Toison d’Or, mais peut -être horizon, point de départ, coordonnées à partir desquelles les axes de ma vie pourront trouver leur sens » (W, 25 ,26) : l’autobiographie comme quête, enquête, reconquête… Des racines… mais aussi des ailes ! Ces trente-sept chapitres de W , fictionnels et autobiographiques, entrecroisés, alternés, enchevêtrés n’ont à première vue rien en commun, mais en réalité, ils s’éclairent l’un l’autre, chacun disant ce que l’autre ne dit pas. Le sens du livre est dans l’intersection des deux, « …dans le réseau qu’ils tissent comme dans la lecture que j’en fais, je sais que se trouve inscrit et décrit le chemin que j’ai parcouru, le cheminement de mon histoire et l’histoire de mon cheminement » (TO, 18). C’est ainsi que de l’amnésie, de l’absence de souvenirs de Perec, de l’indicible naît l’écriture perecquienne, caractérisée par une immense pudeur, devenue légendaire : « Je ne sais pas si je n’ai rien à dire, je sais que je ne dis rien ; je ne sais pas si ce que j’aurais à dire n’est pas dit parce qu’il est l’indicible

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