AGAPES FRANCOPHONES 2025

Georges Perec : un écrivain à la recherche de ses racines 110 or, des milliers et des milliers de vêtements en tas, des stocks de savons de mauvaise qualité. » (W, 220). « J’ai oublié les raisons qui, à 12 ans, m’ont fait choisir la terre de Feu pour y installer W : les fascistes de Pinochet se sont chargés de donner à mon fantasme une ultime résonnance ; plusieurs îlots de la terre de Feu sont aujourd’hui des camps de dép ortation. » (W, 222). Précisons que ce premier manuscrit dessiné en thérapie avec Françoise Dolto se trouve aujourd’hui la bibliothèque nationale de Suède. Notons aussi c’est après sa deuxième cure psychanalytique avec Michel De M’Uzan de 1956 à 1957 que Perec va écrire puis publier en 1969 Un homme qui dort, qui explore le thème de la solitude et de la dépression, « unmalaise insidieux, engourdissant, à peine douloureux et pourtant insupportable », à travers l’histoire d’un étudiant qui choisit de s’isoler. C’est aussi à l’iss ue de son troisième travail psychanalytique avec Jean- Bertrand Pontalis de 1971 à 1975, qu’il va écrire puis publier Wou le souvenir d’enfance en 1975, qu’il dédicacera à son thérapeute par ces mots : « A Jean-Baptiste Pontalis, ces traces qu’il m’a aidé à retrouver ». Chaque cure, impliquant une transformation de la mémoire en mots, a abouti à l’écriture, ce qui fait dire à Philippe Lejeune que W ou le souvenir d’enfance est la seule autobiographie psychanalytique de la littérature française. 3.3. W ou le souvenir d’enfance Le livre se constitue de deux parties : une fiction en italiques, elle-même constituée de deux parties : d’une part, l’histoire inachevée de Gaspard Winkler, déserteur sans papiers qui est chargé par un certain Otto Apfelstahl de retrouver un enfant, son homonyme G aspard Winckler, et sa mère Cécilia disparus au cours d’un naufrage dans l’Archipel de la Terre de Feu. Brusquement, ce récit d’aventures tourne court, s’arrête sur une ellipse marquée par une page blanche occupée par une parenthèse, elle-même occupée par des points de suspension : (…) (W, 89). Cette coupure brutale qui interrompt le récit dit l’indicible, le traumatisme, l’état de sidération vécu par le narrateur. D’autre part, second volet de la fiction : l’utopie cauchemardesque W dessinée à 13 ans par Perec, le fantasme olympique évoqué plus haut. La seconde partie est le récit autobiographique lui-même. La première phrase de l’incipit déstabilise le lecteur dans l’attendu d’une autobiographie puisque Perec affirme n’avoir aucune matière pour rédiger le récit de sa vie : « Je n’ai pas de souvenirs d’enfance ». Pour pallier ce manque, Perec prend appui sur quelques bribes de souvenirs, sur ce que Marguerite Yourcenar appelle ses « Souvenirs pieux » : quelques photos, des notes, des récits de l’entourage et ses

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