AGAPES FRANCOPHONES 2025

La métaphore du retour dans le dossier génétique Le jeune homme d’Annie Ernaux 144 L’écriture ernalienne est avant tout un processus de retour au vécu et à ses racines, et cette idée est mise en lumière par la phrase écrite sur la couverture verte de la première pochette : « En 94, je pense écrire un livre s’intitulant « Le jeune homme » dédié « Au joueur de guitare ». « Et j’ai vécu ce qui était fait pour être vécu » - Clara (Clarice) Lispector ; Egypte ». (Ernaux NAF 28647). Dans ces lignes on trouve inscrite l’intentionnalité de la création, par la référence assez pragmatique à un événement révolu, le vécu étant essentiel afin qu’elle puisse écrire. De même, on a découvert une note qui fait référence à son premier monde, celu i d’origine, et donc à sa mère ; ils constituent la mémoire originelle fondatrice, qui lui a procuré le besoin et le désir d’écrire. C’est dans cette mémoire fondatrice qu’elle se recherche et se ressource pour créer : « 1995 au début (écrit en marge du feuillet) : La semaine dernière, j’ai encore rêvé de ma mère. Comme les autres fois, elle était vivante et nous étions dans la relation xxx habituelle entre nous depuis mon adolescence. (…) Depuis que j’ai rencontré Z., le jeune homme, et qu’il est devenu mon amant, je suis aussi, d’une certaine façon, éternelle. Il me semble que je pouvais entasser des images, des expériences des jours et des années et rester pareille (…) » (Ernaux NAF 28647). Un dernier paragraphe qui se trouve toujours sur le premier feuillet de la première pochette, a le rôle de renforcer son crédo : « La raison pour laquelle j’écris là - dessus, c’est que j’ai la certitude que personne n’a donné forme à ce que j’ai senti femme de 50 ans au cours de cette relation avec un jeune homme. (…) La jeunesse ou plutôt la différence de génération. /Et pourtant, il y a aussi ses origines sociales ; sa « pauvreté » - « nécessiteux » / On s’appelle celle -ci : Les choses ne sont pas allées à leur terme, elles ont été seulement vécues » (Ernaux NAF 28647). On y trouve inscrite une certaine dimension éthique et politique qui singularise son art de manière générale. Le dernier maillon de la chaîne causale, le don, et donc l’idée de l’art comme don/donation qui renvoie à la pensée de Marcel Maus, est contenu dans le fragment suivant : « Donner Je voyais là une possibilité de lui changer la vie, de lui offrir un peu de luxe, mais le nécessaire . …De le prendre en charge, comme je l’ai fait jusque - là (…) Donner comme une femme plus riche et comme une mère ». (Ernaux NAF 28647). Les traces matérielles que nous avons décelées dans les dossiers génétiques révèlent toujours d’un geste de retour au vécu indélébile, qui accompagnent et ressourcent en même temps l’acte créateur ernalien de manière que le lecteur puisse comprendre l‘époque où l’œuvre a pris naissance. On les a trouvées souvent au verso des

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