AGAPES FRANCOPHONES 2025

Déracinement et enracinement dans l’œuvre de Sylvie Germain 162 spirituelle qui marque l’excipit des romans germainiens est soulignée avec grande délicatesse, maintes fois, à l’aide de l’ ekphrasis . Dans L’Enfant Méduse , Sylvie Germain marque le dernier chapitre par la fresque de Taddeo Gaddi, L’Annonciation aux bergers . Le tableau souligne l’importance de la lumière non seulement dans la peinture, mais aussi à l’intérieur du roman. Selon Andrew Ladis (30), dans le tableau de Gaddi il s’agit d’une lumière spirituelle et non pas naturelle qui vient illuminer l’obscurité, les ténèbres. Conclusion Pour conclure, la grille d’analyse psychogénéalogique en quatre points émise par Virginie Stevens a abouti à une perspective plus claire de la figure du déraciné dans les fictions de Sylvie Germain. Le couple antinomique déracinement/enracinement scande le parcours du personnage étant associable au voyage orphique aux Enfers. Un traumatisme infranchissable provoque chez le protagoniste le déracinement – un éloignement de l’endroit de la douleur vu comme une catabase au rôle initiatique – qui est suivi par une anabase spirituelle décrite dans l’excipit des romans. Ainsi, nous constatons dans l’œuvre germainienne, « la mise en écriture d’un double mouvement : l’un plongeant dans le vide et générant chez le protagoniste un évidement qui serait une préparation à un second mouvement, d’ascension, de récupération, de réhabilitation ». (Dotan 29). Même si l’univers romanesque obscur semble sans issue, à travers son écriture, Sylvie Germain soutient que tout n’est pas perdu, qu’il nous reste une petite porte donnant vers l’espoir. Les personnages germainiens ne sont pas seulement « cryptophores », (Goulet 14) porteurs d’une crypte, mais aussi « christophores », porteurs de Christ, car à la fin du roman ils retrouvent le chemin vers la surface, vers Dieu. Ils descenden t, à l’instar d’Orphée et du Christ aux Enfers, pour en ressortir victorieux en tant que figures christiques. Bibliographie Textes de références G ERMAIN , Sylvie, Opéra muet , Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1989. G ERMAIN , Sylvie, L’Enfant Méduse , Paris, Gallimard, 1991 G ERMAIN , Sylvie, Éclats de sel , Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1996. G ERMAIN , Sylvie, Chanson des mal-aimants , Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2002. G ERMAIN , Sylvie, Magnus , Paris, Albin Michel, 2005. G ERMAIN , Sylvie, Petites scènes capitales , Paris, Albin Michel, 2013. G ERMAIN , Sylvie, Le Vent reprend ses tours , Paris, Albin Michel, 2019. Ouvrages critiques

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