AGAPES FRANCOPHONES 2025

Roxana MAXIMILEAN 161 remontée spirituelle du protagoniste. Magnus choisit la nature afin de « laver son regard, le dépouiller de son trop- plein d’images » (M 224), il s’isole dans le Morvan si cher à Sylvie Germain, le terroir de ses ancêtre s 76 . « L’homme - ours désireux d’hiberner » (M 224), veut guérir en cherchant au sein de la nature « le dénudement de soi ». (M 227). La nature est un topos qui favorise les réflexions d’ordre théologique et philosophique. Dans ses Pensées , Pascal invite à la contemplation des merveilles de la nature qui donne à l’homme la capacité de discerner une réalité métaphysique : « Que l’homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté ; qu’il éloigne sa vue des objets bas qui l’environnent. Qu’il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l’univers. » (32). C’est dans l’isolement et le silence de la nature que Magnus réussit à faire « [son] plein de vide » (M 245). C’est un détachement total que d’« accepter le passé sans demander de compensation à l’avenir » (Weil 21). Le philosophe continue à décrire cette expérience du détachement : « Se vider du monde. [ …] Solitude absolue. Alors on a la vérité du monde. […] Détacher notre désir de tous les biens et attendre. L’expérience prouve que cette attente est comblée. On touche alors le bien absolu. […] car Dieu comble le vide. » (Weil 21). Les propos théologiques de Simone Weil sont extrêmement appropriés pour traduire l’expérience mystique du personnage Magnus. Dans la solitude absolue, il se vide du monde, il se détache de tous les biens matériels et accède à la vérité absolue du monde, la présence de Dieu. Dans L’Attente de Dieu , Simone Weil pose une question qui, de nouveau, est très pertinente pour les personnages germainiens : Comment chercher Dieu ? Elle distingue un voyage horizontal, « tourner autour de la terre » (88), qui s’avère vain en absence d’une av ancée sur le plan vertical. En effet, Magnus illustre ce paradoxe : il passe sa vie à voyager autour du monde, tout en cherchant ses origines et la confirmation de sa foi mais, il accède à une révélation spirituelle pendant une période statique du point de vue physique parce qu’il réussit à entreprendre ce voyage vertical vers la divinité. La fin ouverte du roman est enveloppée dans une atmosphère d’harmonie, d’acceptation, d’espoir, le protagoniste réussit à faire son deuil, à vivre avec sa douleur et à découvrir la force nécessaire pour recommencer. Tel Élie sur le mont Horeb, le personnage germainien découvre Dieu dans « la plus surprenante des théophanies, car la plus dépouillée » (ES 50), au fond d’une infinie discrétion. La révélation 76 C’est à Vézelay que les grands -parents et le père de la romancière sont enterrés. (Goulet 217).

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