AGAPES FRANCOPHONES 2025

Jutta Emma FORTIN 167 vivant. La racine, en particulier, condense ces dimensions de manière privilégiée : elle inscrit l’être dans une origine, une lignée, une profondeur temporelle et affective, tout en demeurant invisible, souterraine, enfouie, à l’image des mémoires traumati ques et des filiations blessées. La couleur jaune, quant à elle, porte une ambivalence forte, oscillant entre lumière, joie, vitalité et trahison, mensonge, duplicité, tandis que le parfum est classiquement lié à la mémoire involontaire et à la réactivation sensorielle du pass é 77 . Dans Ta Promesse , ces différentes dimensions symboliques ne relèvent toutefois pas d’un symbolisme mythologique universel préexistant, mais sont réélaborées par l’économie propre du récit. En référence à Paul Ricœur, on peut dire que le mimosa fonctionne comme un objet ro manesque à valeur structurante. Ce n’est un simple motif décoratif, mais un opérateur de sens organisant la circulation entre mémoire, affect, violence et vérit é 78 . Arbre de l’enracinement blessé et de la filiation affective, fleur de la fragilité des liens, trace olfactive du passé, et surface lumineuse de l’illusion heureuse, le mimosa condense les tensions fondamentales du roman. Il devient à la fois support de p rojection affective, lieu de mémoire familiale, objet d’emprise symbolique et, finalement, preuve matérielle de la violence. Par cette condensation, le mimosa ne symbolise pas seulement le bonheur perdu, mais il structure la dynamique narrative elle-même, en articulant racine, souvenir, promesse, trahison et révélation, et en faisant de la mémoire un espace conflictuel où se rejouent les relations de domination, de filiation et d’amour. Il convient de revenir sur « le sort funeste » du mimosa dans Ta Promesse , évoqué précédemment. Ce roman emprunte en effet les codes du roman policier : Claire et Gilles finissent par acheter une petite maison à Hyères, sur la Côte d’Azur. Un magnifique mimosa pousse dans leur jardin. En le découvrant, Claire le décrit comme une créature animée, dotée d’une âme, qui enchante son environnement : « Le mimosa était énorme, éclatant, heureux – peut- on dire cela d’un arbre ? C’était un arbre heureux. Quelques branches bougeaient sous la brise, d’autres ployaient sur la rue, de l’autre côté de la grille qui 77 Voir Jean Chevalier et Alain Gheerbrandt, « Arbre », « Fleur » et « Jaune », in Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres , Paris, Robert Laffont, 1982, pp. 62-68, pp. 447-449 et pp. 535-537 respectivement. 78 Voir Paul Ricœur, La Mémoire, l’histoire, l’oubli , Paris, Le Seuil, 2000, en particulier les pages sur la fonction symbolique, la médiation narrative et les objets de mémoire, pp. 528-560.

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