AGAPES FRANCOPHONES 2025
Le mimosa entre mémoire et emprise dans Ta Promesse de Camille Laurens 168 fermait la maison. Il faisait la fierté et la joie du quartier, nous dirait plus tard l’agent immobilier, on se déplaçait exprès pour venir l’admirer comme un saint qu’on prierait tous les jours. » 79 Animé par la haine qu’il éprouve pour sa compagne sous sa façade bienveillante, Gilles fait abattre l’arbre et fait croire à Claire que le mimosa a été foudroyé lors d’un orage. Cependant, le jardinier a fait signer à Gilles une décharge concernant l’abattage injustifié de l’arbre. Claire trouve cette lettre dans le tiroir secret d’un secrétaire de leur maison et comprend soudain toute l’étendue de la haine perverse que Gilles lui voue. Dans un acte de légitime défense, elle blesse grièvement Gilles à la tête. Elle est accusée de tentative de meurtre. C’est la décharge signée par Gilles qui constituera la preuve de son innocence lors du procès. En considérant Gilles comme une figure de pervers narcissique et Claire comme « la femme d’un pervers narcissique », selon l’expression de la psychanalyste Simone Korff -Sausse (2003, 925-942) qui donne son titre à l’étude sur laquelle je m’appuierai, je m’intéresserai dans un premier temps à l’origine de la relation d’emprise entre Claire et Gilles dans le cadre de cette pathologie qu’est la perversion narcissique. Dans un second temps, j’étudierai le lien ambivalent entre Claire et son père décédé, qui sous-tend le récit de l’histoire du couple défaillante. 1. La femme du pervers narcissique Dans l’article « La femme du pervers narcissique », Korff-Sausse constate d’emblée qu’elle n’a jamais rencontré de pervers narcissique dans son cabinet d’analyste. En revanche, elle écrit avoir reçu des patientes qui étaient les épouses de pervers narcissiques, et avoir été à chaque fois interpellée par l’impact de la pathologie de l’homme, « diablement présent dans la cure » (925), sur la personnalité de la femme ainsi que sur le déroulement de la thérapie. Ces femmes la consultent car elles traversent une crise dans leur couple. Leur récit révèle immédiatement qu’elles sont dans une relation pathologique. Mais l’analyste n’apprend qu’au fil de la thérapie que ces femmes subissent depuis des années des violences physiques et psychiques (humiliations, insultes, accusations, intimidations, menaces). Selon Korff-Sausse, il est en effet caractéristique de ces cas cliniques que les patientes minimisent les faits ou les racontent de telle manière qu’il est difficile d’en prendre la mesure (926 -927). Elle observe : « Face aux violences subies, ces femmes sont sans réponse, ni révolte. Elles 79 Camille Laurens, Ta Promesse , Paris, Gallimard, 2025, p. 127. Dorénavant désigné du sigle TP, suivi du numéro de la page.
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