AGAPES FRANCOPHONES 2025
Jutta Emma FORTIN 169 ne protestent pas. Pire, elles annulent aussitôt ce qui s’est passé. » (927). Dans le roman Ta Promesse , le récit de Claire évoque la femme du pervers narcissique décrite par Simone Korff-Sausse. Cette dernière fait d’ailleurs référence à la description de la « relation d’emprise » par Roger Dorey (1981), qui la définit comme une appropriation par dépossess ion de l’autre. Il s’agirait « d’une confiscation, d’une mainmise, qui ramène l’autre à un objet entièrement dominé et assimilable » (Korff- Sausse 927). Dans l’article intitulé « Éloge sociologique de Ta Promesse de Camille Laurens, le grand roman de la perversion narcissique », Marc Joly souligne en effet la signification de la passion de Gilles, homme de théâtre qui aime faire intervenir des automates, des pantins ou des marionnettes de glace dans ses mises en scène, par rapport à la profession de Claire, écrivaine curieuse et en constante réflexion. De son côté, Claire travaille sur un projet d’écriture concernant les robots et sollicite l’aide d’une chercheuse au CNRS spécialisée dans le développement de l’intelligence artificie lle, pour mieux comprendre les dynamiques sociales et psychologiques à l’œuvre dans les relations entre certains hommes et leurs poupées sexuelles interactives. Claire subit des violences, notamment psychiques, sans réagir ni se révolter face aux humiliations et aux accusations infondées de la part de Gilles. Elle semble effacer aussitôt ce qu’il a dit ou ce qui s’est passé. On en trouve d’innombrables illustratio ns dans le texte. Ainsi, quand Gilles note que le livre qu’elle a écrit sur le deuil de son fils lui paraît « affreusement mélo » (TP 56), elle essaie de comprendre son point de vue ; quand il lui reproche d’avoir mauvais goût, après avoir visité son appar tement, elle se dit qu’il y a pire ; quand il la dévalorise auprès de son éditeur, lui envoie des photos sur lesquelles elle est laide, l’accuse d’être égoïste et l’insulte après qu’elle lui a confié un problème qu’il a lui -même provoqué, elle lui trouve des excuses. De plus, elle cherche à comprendre le comportement instable de Gilles, qu’elle attribue à son enfance passée dans un quartier pauvre de Marseille, avec un père alcoolique et une mère absente. Derrière toutes les formes de violence, elle s’obst ine à voir la souffrance de son agresseur. Comme toutes les femmes de pervers narcissiques, selon l’étude de Korff -Sausse, Claire en est à la fois victime, complice et thérapeute (938). Je citerai, à titre d’exemple, la scène dans laquelle Claire est invitée par une journaliste à commenter en direct une chanson qu’elle aime lors d’une émission de radio. Il faut savoir que la chanson populaire est un intertexte important pour la romancière Claire
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