AGAPES FRANCOPHONES 2025

Délirer la racine, fabuler des rhizomes : le cas Mircea Cărtărescu 252 racine de la Nostalgie comme vision de la totalité perdue ; 6) la racine de la Mémoire dans un point de vue métaphasique et mystique. Ces six racines s’articulent selon différents axes et commencent à fonctionner à travers la fantaisie, les fantômes qui surgissent des hiatus entre le connu et l’inconnu : c’est dans l’intervalle existant entre le savoir et le non-savoir que la littérature commence. Plus encore, chacune de ces racines, lorsqu’elles sont déterritorialisées dans l’invention esthético - fictionnelle de Cărtărescu, perd son axe en devenant rhizome. Il ne s’agit donc pas seulement de filiation, mais d’alliance. Ce qui doit naître de ce procédé, de cette obsession de la quête de soi qui engage les racines et se déploie en rhizome, qui retourne aux racines non pas pour les restituer à leur place légitime, mais pour les faire délirer, ce qui doit surgir de cette aventure folle, c’est l’absolument in - commun : la littérature. En alliant la virtualité du passé à la création mythique de ce passé, toute l’œuvre cartarésquienne se comporte comme une quête de l’ in-commun dont le jeu implique, nécessairement, la libération de la phantasia par le style. Pour rendre justice à la racine de la littérature, donc, il faut recourir, dans le cas de Cărtărescu, à la tactique du rhizome : histoires en fractales, émulation et simulation, simulacres qui ondulent dans la texture textuelle mais ne se développent pas jusqu’au bout, revenant ou disparaissant aussi rapidement qu’ils ont été évoqués. Faire de la racine une fabulation de rhizomes, c’est renouveler un pari sur les mondes du monde, comme s’il était possible, par le délire de l’écriture littéraire, de tester les limites du jamais, en extrayant du jamais un peut-être emphatique, en faisant des fantaisies inconsistantes, quotidiennes ou hallucinées, la consistance même de la littérature. Bibliographie Textes de références C ĂRTĂRESCU , Mircea, Nostalgia, Bucarest, Humanitas, 1993. C ĂRTĂRESCU , Mircea, Orbitor. I: Aripa Stângă , Bucarest, Humanitas, 1996. C ĂRTĂRESCU , Mircea, La nostalgie, traduit par Nicolas Cavaillès, Paris, P.O.L, 2017, version numérique. C ĂRTĂRESCU , Mircea, L’aile gauche, Orbitor I, traduit par Laure Hinckel, Paris, Denoël, 2025, version numérique. Ouvrages critiques

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