AGAPES FRANCOPHONES 2025

Caio Vinicius RUSSO NOGUEIRA 251 l’ensemble de son œuvre, relèvent d’un jeu plus élaboré, non seulement de filiation, mais d’alliance. Il y a, dans l’alliance, un caractère sceptique qui implique la nécessité de se composer un monde. Plus qu’une simple compilation de citations amputées de l’histoire de la pensée — de la philosophie à la science, et de celle-ci aux systèmes mystiques —, plus qu’un mode de conservation archivistique du passé, il s’agit de créer, de produire des images à partir de fragments du monde. La filiation exigerait un partage sans distance de ce qui est hérité, comme une continuité commune. La poétique de Cărtărescu, en revanche, en niant la filiation comprise de cette manière, fait délirer les racines afin de fabuler un rhizome, une totalité à la hauteur du fragment dont elle procède. Seul son double littéraire — qu’il s’agisse de Victor, d’ Egor, ou encore des nombreux Mircea qui apparaissent dans différentes œuvres — peut habiter une totalité parfaitement close : le livre, cette totalité semblable à un mur sur lequel nous dessinons des images, des masques. Même les questions métaphysiques ch ez Cărtărescu doivent ainsi être comprises comme des parties d’un cosmos , un cosmos lui- même cosmétique . Conclusion Si Cărtărescu part de quelques racines que nous avons mentionnées – oscillant du personnel au politique, de la mémoire au délire, de la fantaisie à la critique – il ne perd jamais de vue le caractère créatif auquel chaque racine doit être soumise. C’est po ur ouvrir les lignes latérales et explorer la virtualité de ce qui se trouve en chaque racine, accompagnant, de manière non actuelle, une série incompossible à la manière de Leibniz (Deleuze 1988). Il y a donc a au moins six racines qui se portent comme rhizome chez Cărtărescu : 1) la racine de la littérature, de la tradition, des différents écrivains qui ont lui précédé et qui, dans son œuvre, circulent de manière directe ou indirecte ; 2) la racine de la mémoire, qui englobe les détails de l’enfance, les figures maternelles et paternelles, les différents personnages ayant traversé la vie du narrateur et de l’auteur ; 3) la racine historique, celle des événements politiques impliquant l’histoire nati onale roumaine à différentes périodes, allant de la Première Guerre mondiale (et même bien avant) à la chute du Communisme ; 4) la racine des ancêtres, d’une mémoire immémoriale, à jamais perdue, d’une histoire sans document et donc sans historiographie, une histoire enveloppée dans une transmission orale impliquant des figures sombres et anonymes perdues dans la nuit du temps, des mythes et des coutumes des Balkans etc. ; 5) la

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