AGAPES FRANCOPHONES 2025
Pratique culturelle et écriture poétique : les mots comme échos des identités culturelles dans Quand s’envolent les grues couronnées de Frédéric Pacéré Titinga et Zakwato d’Azo Vauguy 258 l’oralité africaine requiert de la notoriété en raison de son importance dans le processus de création poétique négritudienne : « La vérité est que j’ai surtout lu, plus exactement écouté, transcrit et commenté des poèmes négro — africains. Et les Antillais qui les ignoraient – Césaire n’était pas de ceux -là – les retrouvaient naturellement en descendant en eux-mêmes, en se laissant emporter par le torrent, à mille mètres sous terre. Si l’on veut nous trouver des maîtres, il serait plus sage de chercher du côté de l’Afrique. Comme les lamantins vont toujours boire à la source de Simal. » (1990, 162-163). Cette citation de Senghor souligne la place prépondérante et primordiale des pratiques culturelles et de la tradition orale dans la créativité poétique des écrivains de la Négritude. Une telle postulation justifie, de notre point de vue, la thèse selon laquelle la poésie négro- africaine reste fondamentalement le creuset d’une acceptation raciale qui fait la promotion des identités d’une race, d’un peuple : le Noir. La conscience de cette réalité nous fonde à reconnaître la pertinence de l’affirmation de Jea n-Paul Sartre : « Le noir qui appelle ses frères de couleur à prendre conscience d’eux - mêmes va tenter de leur présenter l’image exemplaire de leur négritude et se retournera sur son âme pour l’y saisir. Il se veut phare et miroir à la fois ; le premier révolutionnaire se ra l’annonciateur de l’âme noire, le héraut qui arrachera de soi la négritude pour la tendre au monde, à demi prophète, à demi partisan, bref un poète au sens précis du mot « vaste ». Et la poésie noire n’a rien de commun avec les effusions du cœur : elle est fonctionnelle, elle répond à un besoin qui la définit exactement. » (1948, XV). Cet élan identitaire, en résistant au temps, est devenu une constante de la poésie africaine. Pacéré Titinga et Azo Vauguy, bien qu’appartenant à des époques différentes, confirment, par leurs œuvres poétiques, cette tendance visant à ancrer la poésie dans la culture ancestrale. Pour les critiques de la poésie négro-africaine, comme Konan Roger Langui, cette forme d’esthétisation est qualifiée d’« écriture de l’oral » (2014, 72). Au regard de ce qui précède, il nous semble fondé de croire que la pratique culturelle et la création poétique sont intimement liées. Il reste à savoir si une telle perception trouve un écho favorable dans les œuvres qui composent notre corpus. 2. De la poésie oraliste avec Pacéré Titinga et Azo Vauguy
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