AGAPES FRANCOPHONES 2025

Métou KANÉ 257 Eu égard à ce qui précède, la littérature, par essence, s’abreuve à la source séminale des faits sociaux qui touchent directement ou indirectement l’écrivain. Cette fonctionnalité n’a rien d’étonnant quand on sait que l’écrivain est, par -dessus tout, un acteur social. À cet effet, il ne saurait faire fi des grands débats qui ont cours dans son milieu. S’en détourner ne serait pas la meilleure des solutions dans la mesure où la situation, déjà délétère, ne manquerait pas de menacer l’existence collective. Conscient de ce fait, Aimé Césaire s’érige en protecteur inaltérable du peuple comme le rappelle Midiohouan citant un extrait de l’exposé du Martiniquais au deuxième Congrès des Écrivains et Artistes noirs à Rome en 1959 dans son ouvrage intitulé Aimé Césaire : « Notre devoir d’hommes de culture, notre double devoir est là : il est de hâter la décolonisation, et il est, au sein même de notre présent de préparer la bonne décolonisation, une décolonisation sans séquelles. Il faut hâter la décolonisation, qu’est -ce à dire ? Cela veut dire qu’il faut, et par tous les moyens, hâter le murissement de la prise de conscience populaire, sans quoi il n’y aura jamais de décolonisation. » (1995, 147). La culture reste la raison d’être de l’homme de culture. C’est dans cet ordre qu’il est très courant de voir des écrivains se muer en relais des richesses culturelles de terroirs ancestraux ou lointains. Les Négritudiens, avec à leur tête Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor, ont fait le serment de valoriser les pratiques culturelles nègres. La notoriété planétaire qu’ils ont pu asseoir au fil de leur lutte anticolonialiste est à lire à l’aune de cette prise de position pour la tradition orale africaine. Celle-ci y était constamment illustrée, sous toutes ses formes. Ces cultures ancestrales continuent d’inspirer jusqu’à ce XXI è siècle courant avec des poètes comme Pacéré Titinga et Azo Vauguy. 1.2. Tradition orale, un vecteur d’esthétisation poétique Depuis ses origines, la poésie africaine francophone a constamment eu recours aux sources orales négro-africaines. Et ce n’est point exagéré de l’affirmer ou de le rappeler. La terminologie – poésie africaine francophone – est une précision de taille. En effet, a préexisté, en Afrique, une poésie bien avant l’adoption de l’écriture occidentale. À la seule différence qu’elle était orale, verbale, non - écrite, avec pour uniques canaux d’extériorisation les langues locales africaines. Pour le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, cette poésie de

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