AGAPES FRANCOPHONES 2025
« Là » où les racines ne prennent pas : enracinerrance dans Tropique de la violence de Nathacha Appanah Claudiu GHERASIM Université de l’Ouest de Timisoara, Roumanie claudiu.gherasim@e-uvt.ro Résumé : Dans Tropique de la violence (2016), Nathacha Appanah explore la tension entre enracinement et errance à travers le trajet de Moïse, enfant abandonné, adopté puis rejeté, dont le destin reflète les fractures d’un monde postcolonial. Inspirée par le concept d’« enracinerrance » de Jean-Claude Charles (2001), cette étude interroge la possibilité d’une appartenance dans un univers – fictif ou réel – marqué par la migration, la mémoire blessée et la perte de repères. Notre analyse s’articule autour de trois dimensions complémentaires : d’abord, Mayotte, territoire paradoxal à la fois français et comorien, où se rejouent les tensions de l’histoire coloniale ; ensuite, Moïse, figure enfantine de l’identité impossible, dont les métamorphoses successives traduisent une filiation rompue ; et enfin, l’eau, matrice symbolique du roman, qui condense à la fois la mémoire des origines et dissolution de tout ancrage. En articulant ces trois niveaux – géographique, identitaire et symbolique – , nous montrons comment Tropique de la violence déconstruit le mythe des racines salvatrices pour proposer une réflexion plus profonde sur la filiation et l’exil dans un monde où l’errance devient la seule forme d’enracinement possible. Dans un monde où les frontières se durcissent et où les appartenan ces se fragmentent, le roman d’Appanah invite à repenser ce que signifie véritablement « appartenir ». Mots-clés : enracinerrance, Mayotte, Moïse, Tropique de la violence , Nathacha Appanah. Abstract: In Tropique de la violence (2016), Nathacha Appanah explores the tension between rootedness and displacement through the story of Moïse, an abandoned child – adopted, then rejected – , whose fate mirrors the fractures of the postcolonial condition. Drawing on Jean- Claude Charles’s c oncept of “enracinerrance” (2001), this study examines the possibility of belonging in a world marked by migration, wounded memory, and the loss of stable reference points. Our analysis unfolds along three complementary dimensions: first, Mayotte, a paradoxical territory that is both French and Comorian, where the legacies of colonial history continue to resonate; second, Moïse, a child figure of impossible identity, whose successive metamorphoses reveal a broken lineage; and finally, water, the novel’s sym bolic matrix, embodying both the memory of origins and the dissolution of all grounding. By articulating these three levels – geographical, identitarian, and symbolic – we show how Tropique de la violence deconstructs the myth of salvific roots
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