AGAPES FRANCOPHONES 2025
Claudiu GHERASIM 273 and offers a deeper reflection on filiation and exile in a world where wandering becomes the only possible form of belonging. In an era of tightening borders and fragmented identities, Appanah’s novel invites us to reconsider what it truly means “to belong”. Keywords: enracinerrance, Mayotte, Moses, Tropique de la violence , Nathacha Appanah. Introduction Emprunté au vocabulaire botanique où il désigne la « partie […] par laquelle la plante se fixe et absorbe les éléments dont elle se nourrit », le mot racine , dans son acception métaphorique, évoque d’abord ce qui relie, ce qui retient, ce qui permet de tenir debout. Transposée dans la littérature francophone contemporaine, cette métaphore empruntée à l’anatomie végétale dépasse pourtant la simple idée d’ancra ge et de stabilité : elle dit aussi la blessure, la rupture, la mémoire qui tente de se recomposer. Comme le rappelle Édouard Glissant, les racines uniques « tuent autour d’elles » (2009, 61) ; vouloir s’enraciner absolument, c’est parfois étouffer la différence et fermer l’espace du lien. À l’inverse, l’errance – que l’on associe souvent à la perte – peut devenir une autre manière d’habiter le monde, proche de la logique du rhizom e 142 d écrite par Deleuze et Guattari (1980), où l’identité se tisse par contacts, circulations et détours. Entre ces deux pôles, enracinement et déracinement, se joue une tension féconde qui traverse bien des écritures de la migration : celle d’une appartenanc e toujours à construire, dans le mouvement même de l’exil. C’est cette tension dialectique, entre le désir d’ancrage et la nécessité de (re)partir, que Nathacha Appanah explore dans Tropique de la violenc e 143 (2016). Son roman met en scène l’histoire d’un enfant abandonné, Moïse, dont le destin se construit tout entier dans l’entre - deux. Adopté puis rejeté, aimé puis laissé pour compte, il incarne l’impossible enracinement dans un monde où chaque attache sembl e vouée à se rompre. À travers lui, l’écrivaine mauricienne d’expression française interroge ce que valent encore les racines : sont-elles un abri, un point d’appui, ou bien un poids qui empêche d’avancer ? L’exil 142 Le concept de rhizome (en botanique, « touffe de racines ») désigne une organisation non hiérarchique, multiple et en réseau, par opposition à la structure verticale et exclusive de la racine unique (illustrée par exemple dans l’arbre généalogique). 143 Dorénavant désigné à l’aide du sigle TDLV, suivi du numéro de la page.
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