AGAPES FRANCOPHONES 2025

Theodor PALEOLOGU 19 même. Alors il est beaucoup plus proche du modèle. Et qu’est - ce qu’il a ajouté Racine ? Vous le savez fort bien, il ajoute toujours des intrigues amoureuses qui ne sont pas dans les modèles, ou beaucoup moins. Il ajoute des intrigues amoureuses au goût du XVII e siècle. Il s’agit d’amours beaucoup plus courtoises que celles décrites par Euripide, nettement plus violentes. Racine met des intrigues amoureuses dans toutes ses pièces. Il met des intrigues amoureuses dans Mithridate , dans Alexandre le Grand , dans Britannicus , dans Bajazet et également dans les autres pièces que j’ai évoquées, comme Bérénice , ou Andromaque . Évidemment, on peut s’en amuser. On se dit que c’est le goût du XVII e siècle, qu’il fallait y mettre des galanteries pour que le public apprécie. D’accord, mais cela n’est que le côté superficiel qui contribue à l’édulcoration dont je parlais plus tôt. Mais peut - être qu’il y a aussi quelque chose de plus profond à voir là-dedans dans ce goût racinien pour les intrigues amoureuses. C’est -à- dire qu’il y a un lien entre sexualité et pouvoir. Cela est très évident dans Bajazet , c’est très évident dans Britannicus , c’est très évident dans Mithridate également. Dans certaines de ses pièces, l’amour est perverti par le pouvoir. Il y a des considérations de pouvoir qui se mêlent aux relations amoureuses. Donc il y a un côté superficiel à ces intrigues amoureuses ajoutées, au goût du XVII e siècle, et puis il y a un plan plus profond où il y a un lien entre sexualité et pouvoir. Puis il y a autre chose que fait Racine, qui est également un reflet de son temps. Il est très attentif à la question des courtisans et des flatteurs. C’est normal, car il vit à la cour de Louis XIV et en fait, ses pièces décrivent très bien ce phénomène. Partout, on trouve un flatteur ou un mauvais conseiller ou le phénomène de la cour qui isole et qui est responsable des pathologies du pouvoir. Racine lui-même est un homme de cour. Racine lui-même est un courtisan. Et deux de ses pièces au moins sont des flatteries à l’égard de Louis XIV. Alexandre le Grand, c’est Louis XIV tout craché, c’est une flatterie manifeste. Et puis dans Bérénice Titus renonce à Bérénice de la même manière dont Louis XIV avait renoncé à mademoiselle Mancini à la suite du traité des Pyrénées. C’est un portrait de Louis XIV très flatté. Racine lui-même est un courtisan, cela dit, il est très attentif à ce que la cour peut avoir de corrupteur. Et cela, c’est une contribution très importante. C’est quelque chose qu’on ne trouve pas du tout chez Euripide. On ne trouve pas chez Sénèque une réflexion sur le côté corrupteur de la cour. Parce que la pathologie du pouvoir n’est pas un phénomène individuel, on ne déraille pas tout seul, c’est la pathologie de tout un écosystème.

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