AGAPES FRANCOPHONES 2025
Racine et les pathologies du pouvoir 18 Maintenant, ce n’est pas pour rien que j’évoque Shakespeare parce que, en écrivant mon livre, je me suis rendu compte que le champion du monde pour ce qui est des pathologies du pouvoir, c’est Shakespeare. C’est l’auteur qui traite de cela dans la grande m ajorité de ses pièces, dans Macbeth , et dans ses deux tétralogies, respectivement Henri VI (parties 1, 2, 3), qui est formidable à ce propos, et Richard III (la tétralogie mineure) et Richard II , Henri IV (parties 1, 2) et Henri V (la tétralogie majeure). Le thème est très présent dans Richard III , Macbeth , Hamlet ou encore dans Le Conte d’hiver . Et toutes ses pièces antiques, comme Jules César , Antoine et Cléopâtre et Coriolan , traitent de la question. Donc, c’est pour cela que je dis que Shakespeare est le champion du monde. Racine n’est pas le champion du monde, visiblement, mais il est le champion de France, ce qui n’est quand même pas mal. Si vous trouvez, vous, spécialiste s de littérature française, si vous trouvez meilleur que Racine... Je ne sais pas, je vais être généreux. Mais il y a Victor Hugo et évidemment, il y a des pièces plus récentes. Notre cher compatriote Ionesco, en a pondu deux qui sont géniales : Macbett et Rhinocéros . Mais je pense quand même que le champion de France est Racine. Maintenant, passons à Racine. De ses douze pièces, onze sont des tragédies. Donc j’élimine Les Plaideurs , qui est une comédie. Je vais me concentrer sur les onze tragédies, dont dix ont des sujets antiques. C’est très simple, il y a quatre tragédies qui sont inspirées par la mythologie grecque, La Thébaïde , et puis les trois que j’ai évoquées, Phèdre , Iphigénie et Andromaque . Puis il y a deux pièces au sujet, disons, hellénistique, Alexandre le Grand et Mithridate . Puis il y a deux pièces au sujet romain, notamment Britannicus et Bérénice . Et puis il y a deux pièces au sujet biblique, Athalie et Esther . Cela fait au total dix pièces dont quatre aux sujets mythologiques et puis ça va deux par deux : deux aux sujets romains, deux aux sujets hellénistiques et deux aux sujets bibliques. Et puis il y a Bajazet qui est une curiosité dans l’œuvre de Racine, qui est une curiosité dans le théâtre du XVII e siècle, mais qui est quand même formidable pour le sujet dont nous nous occupons. C’est un sujet récent : la mort du frère du sultan Mourad. En fait Amurat, c’est Mourad. Donc, c’est un sujet de date récente et en plus placé en Turquie. Donc c’est très bizarre comme sujet dans l’œuvre de Racine et pas seulement dans l’œuvre de Racine. Comme je disais plus tôt, c’est étrange que trois des pièces à sujet antique soient édulcorées par rapport à leur modèle. C’est beaucoup moins tranchant qu’Euripide. Euripide est beaucoup plus dur, beaucoup plus sévère dans la description des pathologies du pouvoir. Dans ses trois chefs- d’œuvre, Phèdre , Iphigénie et Andromaque , Racine a mis des choses de son cru. La Thébaïde est une exception parce que c’est sa première pièce et il n’était pas encore tout à fait lui -
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