AGAPES FRANCOPHONES 2025
Theodor PALEOLOGU 17 Sophocle et Eschyle. D’ailleurs, Électre est la seule pièce qui est présente, le seul thème qui est présent chez tous les trois tragiques grecs dans Les Choéphores d’Eschyle, Électre de Sophocle et Électre d’Euripide. Il y a également Les Troyennes , qui constitue une peinture extraordinaire de la guerre. Imaginez quand même qu’Euripide a le courage de montrer une pièce sur les horreurs de la guerre en pleine guerre, en pleine guerre du Péloponnèse où les Athéniens eux-mêmes étaient devenus féroces. Donc il leur tend le miroir et ce n’est pas étonnant qu’il n’ait pas gagné le prix avec cette pièce -là. On peut encore évoquer Les Bacchantes , pièce formidable sur l’irrationnel et sur l’orgueil de la raison, puisque le jeune prince croit pouvoir enfermer Dionysos. Donc il croit pouvoir enfermer l’irrationnel. J’ai fait ce court développement sur Euripide pour montrer à quel point l’œuvre d’Euripide est une source formidable de réflexion sur la question, sur les pathologies du pouvoir. De toute façon, les trois grands tragiques athéniens sont formidables à ce propos et comme je disais tout à l’heure, en démocratie, paradoxalement peut - être, c’est la voie royale qui montre ce qu’il en est du pouvoir, ce qu’il en est de l’hubris, de l’arrogance et de l’ivresse du pouvoir. Cela, on le voit chez tous les trois. On trouve aussi chez Sénèque une sorte d’écho, mais il ne faut pas oublier que Sénèque vit sous l’Empire romain. Il vit à la cour d’un terrible tyran dont il a été lui-même le professeur et les pièces de Sénèque sont encore plus noires que celles d’Euripid e. En fait, les pièces de Sénèque sont d’une noirceur terrible, et surtout Thyeste . Dans cette pièce, on voit le triomphe du mal, le triomphe du tyran, et c’est désespérant. C’est peut - être ce qu’on aura à lire bientôt partout dans le monde parce que c’est vraiment le triomphe de la tyrannie. Et ce n’est pas par hasard que je mentionne Euripide et Sénèque parce que Sénèque, d’une certaine manière, radicalise Euripide. Or, Sénèque joue un rôle formidable dans l’émergence du théâtre élisabéthain. Et on peut lire un certain nombre de pièces britanniques comme des développements de Sénèque. Là encore, je ne suis pas spécialiste du théâtre élisabéthain, mais j’ai lu un peu Shakespeare. Il y a Marlowe, il y a Ben Jonson, il y a Shakespeare, bien entendu, et là, on voit une veine qui remonte à Sénèque. Un théâtre de la cruauté. La pièce la plus formidable en la matière est Titus Andronicus de Shakespeare qui pousse tout jusqu’à l’absurde. C’est encore plus fou que Thyeste de Sénèque alors que Thyeste de Sénèque est une source d’inspiration pour Titus Andronicus .
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=