AGAPES FRANCOPHONES 2025

Abdeslam EL ADLOUNI 301 plus nécessaire, indispensable, grossie au microscope, qu’une toute autre histoire s’agite en elle. » (1975, 30). Autrement dit, chaque drame intime devient le lieu où résonne une histoire collective, imprégné d’un fort engagement politique. Conclusion La trilogie Le Pays des autres ne se contente pas d’archiver des existences en contexte postcolonial, elle élabore une grammaire narrative de l’entre - deux, où la déterritorialisation n’est pas synonyme de perte, mais l’occasion d’une recomposition toujours provisoire des sujets et des milieux. La particularité de ce dispositif qu’offre cette forme transgénérationnelle n’est pas simplement l’idée de suivre de près le processus déterritorialisant, mais de pouvoir maintenir ce devenir et d’affirmer une forme d’identité no made, qui considère cette identité non plus sur un registre tragique, ni comme une perte, mais dans sa plaine potentialité. Plus qu’une simple dialectique entre enracinement et déracinement, elle met en lumière un processus qui ne vise pas à une réinscription figée, mais à une recomposition identitaire multiple et fluide. Cette identité rhizomatique, qui refuse la linéarité des appartenances fixes, se heurte aux difficultés d’acceptation des personnages, tiraillés entre tradition et modernité, entre départ et retour, entre exil et enracinement. En ce qui concerne les personnages, nous avons observé des trajectoires fluctuantes : Mathilde oscille entre assimilation et résistance, Amine entre modernisation et loyauté, Aïcha entre émancipation et attachement, Selim entre errance et mémoire, tandis q ue Mia et Inès oscillent entre affirmation de l’altérité et désir d’intégration. Toutes ces trajectoires dessinent une carte mouvante de l’appartenance. Quant au style d’écriture, l’hybridité lexicale, la polyphonie contrôlée, les temporalités superposées et les détails réalistes articulent une esthétique de perméabilité régulée : le texte s’ouvre, puis se referme comme un organisme vivant. Au niveau du choix des titres de la trilogie et de leur symbolique, on passe ainsi de l’exil ( La guerre, la guerre, la guerre ), à la revendication ( Regardez- nous danser ), puis à la transmission et à la création ( J’emporterai le feu ). Repérable au niveau du genre par son ancrage à la fois dans le récit historique, le roman familial et la fiction postcoloniale, la trilogie de Slimani s’inscrit dans une tradition littéraire qui interroge la complexité des héritages et la fragmentation des subjectivités. La fiction devient ainsi un moyen de rendre compte de cette réalité mouvante, tout en proposant une méthode pour inventer une identité

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