AGAPES FRANCOPHONES 2025
Theodor PALEOLOGU 25 Pourquoi on a cette concentration sur la question de la pathologie du pouvoir chez Racine. À ce point, il convient de faire une remarque : le théâtre connaît un véritable âge d’or en Espagne, en France et en Angleterre à peu près à la même époque, fin XVI e et puis XVII e siècle, et cette époque dorée a duré plus longtemps en France, puisque Racine meurt assez tard. C’est étrange qu’on ait ce phénomène de renaissance de la tragédie à l’aube de la monarchie absolue, alors que la tragédie ancienne était fille d e la démocratie, et non seulement. C’était une institution fondamentale de la démocratie athénienne. C’est étrange quand même que pour le théâtre européen l’âge d’or de la tragédie occidentale soit le XVII e siècle, alors qu’en Grèce, c’est le V e siècle avant Jésus- Christ. C’est quand même étrange que le contexte soit radicalement différent. Dans certains cas, et on pourrait penser à Shakespeare, il y a un côté critique du pouvoir ou plutôt une certaine liberté par rapport au pouvoir en place. Ce n’est pas l e cas avec Racine. Racine est quand même un courtisan qui néanmoins décrit très bien ces choses- là qu’il connaît de très près. Donc peut -être que chez Racine, cette problématique est plus présente que chez Corneille parce qu’il a vécu vraiment la plus gran de partie de sa vie à la cour. Chez Corneille, il y a quelque chose d’intéressant. En écrivant mon livre, je me suis rendu compte d’une chose à laquelle je n’avais pas pensé avant. Notamment que le thème des pathologies du pouvoir est présent chez Corneille exclusivement dans les pièces romaines, pas dans les autres. C’est comme si la Rome ancienne était le lieu par excellence des pathologies du pouvoir. Chez Racine, on trouve ce thème dans presque toutes ses pièces. Il faut rappeler aussi que les pièces dont le thème est emprunté à Euripide sont édulcorées. Cela résout peut-être dans une certaine mesure la contradiction que j’évoquais plus tôt, que la tragédie ancienne est une institution démocratique alors que la tragédie occidentale se développe en même t emps que l’émergence de l’absolutisme, que ce soit en Espagne, en Angleterre ou en France. Mon opinion est que Racine a édulcoré les pièces dont le thème est emprunté à Euripide pour cette raison. En revanche, là où il pose le problème avec le plus de force, ce sont des pièces comme Britannicus , Bajazet , Athalie , également Mithridate et dans une moindre mesure La Thébaïde et Esther . Donc c’est un thème omniprésent chez lui, à l’exception des deux pièces où il fait indirectement l’éloge de Louis le Grand, à savoir Alexandre le Grand et Bérénice . Dans ces deux pièces, à part la flatterie pour Louis XIV, il y a aussi l’idée importante que le pouvoir n’est pas une fatalité. Le pouvoir ne corrompt pas nécessairement. Il le fait la plupart du temps, il a cet effet corrupteur, mais pas toujours. Le pouvoir peut être aussi
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