AGAPES FRANCOPHONES 2025
Les ruines romantiques : récit des origines, retour au présent 58 Christophe Colomb de huit à dix ans, je faisais trois lieues et demie en allant, trois lieues et demie en revenant, total : sept lieues, pour aller jouer une heure dans les ruines . Et les fortes têtes du pays disaient : - Voyez, le paresseux, il aime mieux vagabonder sur les grandes routes que d’aller au collège. Il ne fera jamais rien. Je ne sais pas si j’ai fait grand -chose ; mais je sais que j’ai diablement travaillé depuis ». (Dumas Pierrefonds 249). L’importance du souvenir personnel n’exclut pas la réflexion sur le temps, la mise en perspective qui donne aux ruines leur dimension véritable, qui avait échappé à l’enfant. Dans Mes Mémoires , la suite de la citation ci-dessus est caractéristique de cette prise de recul : « comme ce bruit venant de la vie devait faire étrangement tressaillir dans leurs tombes ces ombres noires qui avaient été des femmes, ces corps qui avaient eu une âme, ces cadavres qui avaient eu un cœur, et qui étaient venus éteindre dans l’obscurité du cloître, dans la nuit de la pénitence, dans les mystères de l’ascétisme, la flamme de leur cœur, les espérances de leur âme, la beauté de leur visage. » (Dumas Mémoires 169). Tous les temps se déploient à partir de la ruine, pas seulement celui d’un autrefois dont la décrépitude figure l’éloignement, pas seulement celui d’une enfance lointaine, mais aussi la durée la plus concrète, qui expose une histoire parfois très finement mesurée, parfois récente, comme à propos de Pierrefonds. Toujours dans l’article de Bric-à-brac où l’émergence d’une modernité qui menace d’effacer les ruines affleure à partir d’elles et se précise grâce à elles : « Les premiers qui découvrirent Pierrefonds, après moi, bien entendu, furent des paysagistes : mon vieil ami Régnier, Jadin, Decamps, Flers. On se montrait les uns aux autres les études faites, on se renseignait, on s’orientait, et, la boussole d’une main, la palette de l’autre, on arrivait à doubler le cap de Prélaville ou le promontoire de Rhétheuil, et l’on se trouvait en face des ruines. » (Dumas Pierrefonds 274-75). « Vous le voyez, dès 1828, la civilisation avait pénétré à Pierrefonds. – On montrait les ruines ! Bienheureux temps où j’allais les voir et où personne n’était là pour me les montrer ! Peu à peu la lumière et la vie pénétrèrent à Pierrefonds. Pierrefonds n’était qu’un village, il devint un bourg. » (Dumas Pierrefonds 277). J’ai voulu pour finir prendre l’exemple de Dumas parce que son rapport à la ruine est particulièrement caractéristique de la complexité d’un motif qui, loin de figer notre rapport au temps dans une nostalgie
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