AGAPES FRANCOPHONES 2025
Nathalie SOLOMON 57 Les ruines sont, dans la vie du romancier et du grand voyageur, liées au bonheur de l’enfance. Elles disent un temps révolu à plusieurs niveaux, un temps perdu profondément intime. On sait, si on a lu Dumas de manière un peu étendue, combien Villers-Cotterêts, ses beaux arbres et ses ruines font retour dans l’œuvre. Combien le moi d’un narrateur qui ne cache à peu près jamais l’identité de l’auteur, se plaît à user de la première personne dès que le souvenir du pays natal survient dans les romans qui se prêtent le moins à la rupture de l’illusion référentielle. Ainsi dans Catherine Blum , petit roman campagnard ; au milieu d’une description topographique, surgit tout à coup le petit garçon d’autrefois : « Cette route, après avoir déjà rencontré la forêt, qu’elle traverse dans la longueur d’un kilomètre à Gondreville, et qu’elle écorne à la Croix - Blanche ; après avoir laissé à sa gauche le chemin de Crépy ; après avoir fléchi un instant devant les carrières de la Fontaine-Eau-Claire ; après s’être précipitée dans la vallée de Vauciennes ; après l’avoir remontée ; après avoir, d’une ligne assez droite, gagné Villers - Cotterêts, qu’elle occupe par un angle obtus, sort à l’extrémité opposée de la ville, et va, à angle droit, au pied de la montagne de Dampleux, côtoyer d’un côté la forêt, et de l’autre la plaine où s’élevait autrefois cette belle abbaye de Saint- Denis, dans les ruines de laquelle j’ai si joyeusement couru étant enfant, et qui aujourd’hui, n’est plus qu’une jolie petite maison de campagne habillée de blanc. » (Dumas Catherine 28). Même dans Vingt ans après , Pierrefonds apparaît, acheté par Porthos devenu riche. Il surgit rapidement devant d’Artagnan comme un clin d’œil au passé de l’auteur, avant de laisser place à la véritable demeure de l’ancien mousquetaire : « À mesure qu’il approchait du château qui avait d’abord attiré ses regards, d’Artagnan comprenait que ce n’était point là que pouvait habiter son ami : les tours, quoique solides et paraissant bâties d’hier, étaient ouvertes et comme éventrées. On eût dit que quelque géant les avait fendues à coup de hache. » (Dumas Vingt ans 149). Ce château de Pierrefonds dont un article republié en 1857 dans Bric-à-brac est l’occasion de superposer encore un peu plus complexement les âges en rappelant la gloire littéraire future, dans une de ces souriantes allusions dont Dumas est familier : « Pierrefonds est un pays que j’ai découvert en rôdant autour de Villers-Cotterêts, vers 1810 ou 1812.
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