AGAPES FRANCOPHONES 2025
Les ruines romantiques : récit des origines, retour au présent 56 Il est plus que temps de citer le Génie du Christianisme dans un de ses passages les plus célèbres à propos d’un Ancien Régime disparu, à la fois source historique et familiale pour celui dont le père et le frère périrent sous la guillotine, et qui se retourne vers la monarchie comme vers un commencement disparu et piétiné : « Mais où nous entraîne la description de ces tombeaux déjà effacés de la terre ? Elles ne sont plus, ces sépultures ! Les petits enfants se sont joués avec les os des puissants monarques : Saint-Denis est désert ; l’oiseau l’a pris pour passage, l’herbe c roît sur ses autels brisés ; et au lieu du cantique de la mort, qui retentissait sous ses dômes, on n’entend plus que les gouttes de pluie qui tombent par son toit découvert, la chute de quelque pierre qui se détache de ses murs en ruine, ou le son de son horloge qui va roulant dans les tombeaux vides et les souterrains dévastés. » (Chateaubriand Génie 939). Tout est déjà là : sans hallucination, pas de confrontation avec l’Histoire et le présent, sans le risque d’être confronté à la saleté du réel qui ne dispose pas toujours de la séduction d’une lumière lunaire pour voiler ce qu’un tas de pierres peut avoir de dérisoire, pas de révélation, sans la tristesse de la perte, pas de réflexion poétique. Saint-Denis ne serait plus rien, après la dévastation, si une voix ne venait la relever. En ce début de siècle, la ruine existe d’abord dans et par les textes qui la célèbrent, dans et par les tableaux qui l’exaltent. Et le passé dans sa dimension originaire ne peut être connu, ne peut être dit, ne peut être compris qu’à partir de ces signes souvent informes et dérisoires. Comme les tableaux de Canaletto un siècle plus tôt, qui fabriquaient sans complexe de la ruine pour ses « Caprices », revendiquant le mythe plutôt que la représentation, le XIX e siècle qui commence assume parfaitement de retrouver dans un élément presque effacé du paysage son point de départ, son principe, sa quintessence. Je voudrais, pour conclure, évoquer l’enfance de Dumas. Dans Mes Mémoires , il évoque le vieux cloître de Saint-Rémy, ancien couvent de femmes, abandonné sous la Révolution, dans la forêt de Villers-Cotterêts où il passa son enfance : « Oh ! le grand cloître ! comme le dimanche il était plein de courses folles et de cris joyeux ! comme tout ce monde d’enfants que le hasard allait éparpiller hors de la ville natale, loin de la double maternité de la famille et du pays, comme tout ce monde était heureux et reconnaissant envers le fondateur inconnu de cet immense nid, si triste autrefois, et aujourd’hui si peuplé d’oiseaux gais et chanteurs ! » (Dumas Mémoires 169).
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