AGAPES FRANCOPHONES 2025

Flux et reflux dans Citadelle . Lecture dialectique des dynamiques de l’espace saint -exupérien Moustapha FAYE Université « Gaston Berger » Saint-Louis, Sénégal moustapha2.faye@ugb.edu.sn Résumé : Saint- Exupéry c’est, pour tout lecteur, l’homme des grands espaces. Ses descriptions du Sahara sont saturées de marques d’exaltation qu’on serait tenté de lier à l’ivresse propre à l’immensité, quand l’homme se mesure ou se confronte à l’incommensurable. Le même enthousiasme colore ses ciels étoilés chaque fois que ses pilotes sont coupés du reste du monde dans leur tête-à- tête avec la Voie lactée. Certaines de ses œuvres semblent se ressentir de cette attraction de l’infini : Citadelle , synthèse de tous les essais romanesques de l’auteur, est bâtie comme une Bible, dans la composition tout comme dans le style. Mais, plus que tout, cet océan charrie en même temps les images les plus obsédantes de l’imaginaire de l’auteur, principalement celles du nœud qui organise toute structure et livre le sens dans le bric-à-brac de l’univers. L’auteur ne se jette jamais éperdument à la conquête de l’espace qu’il chérit : il cherche d’abord un centre à partir duquel la projection devient possible voire inévitable. L’espace de Saint -Exupéry enregistre ainsi un double mouvement perpétuel : un flux vers l’infini et un reflux qui semble un réflexe « contre les sensations de dilution » (Richard 1970, 160). Le besoin de fixité cherche une étoile dans l’immensité du ciel, un navire dans le vaste océan ou une citadelle dans le désert incommensurable, renouant ainsi avec un des mythes les plus fondamentaux de l’humanité : le cordon ombilical avec la terre-mère. À y regarder de plus près, cette double dynamique encadre toute la métaphysique de l’auteur : Saint- Exupéry pose d’abord, et toujours, la question existentialiste du « qui suis-je ? » avant d’en relever le contrepoint dans une interrogation plus vaste pour l’esprit comme pour le cœur : « Qu’est - ce que l’homme ?». Mots-clés : dialectique, Dieu, élan, inconscient, mère, moi, mythe, univers. Abstract: For all readers, Saint-Exupéry is the writer of wide open spaces. His descriptions of the Sahara are saturated with signs of exaltation that one might be tempted to link to the intoxication of immensity, when man measures himself against or confronts the immeasurable. The same enthusiasm colors his starry skies whenever his pilots are cut off from the rest of the world in their tête-à-tête with the Milky Way. Some of his works seem to reflect this attraction to infinity: Citadelle , a synthesis of all the author's fictional essays, is constructed like a Bible, both in its composition and its style. However, this ocean carries with it the most haunting images of the author's imagination, mainly those of the knot that organizes all structure and

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