AGAPES FRANCOPHONES 2025
Flux et reflux dans Citadelle . Lecture dialectique des dynamiques de l’espace saint -exupérien 78 démesurée et déjà s’étouffe ta ferveur » (Saint-Exupéry 2000, 540). Ainsi Saint-Exupéry a besoin de vite se détourner de ce trésor qui happe comme un trou noir pour s’arrimer et se sauver. Jean-Pierre Richard a analysé comment ce réflexe contre l’évanescence commande les métaphores les plus communes de la résistance, qu’il s’opère contre la fuite du temps ou contre le vertige de l’immensité : « L’arbre par exemple, et surtout le grand arbre ― chêne bourguignon, cèdre libanais ― constitue un excellent motif de fixité : tout à la fois repère, abri, outil d’enracinement, donc élément d’individuation » (167). Dans le cas de Saint-Exupéry, le besoin d’espace participe de son tempérament naturellem ent réfractaire à l’enfermement ; mais les raisons qui commandent son repli sont plus puissantes, étant inconscientes, et à chercher dans ce qui fixe ses images fondamentales. Il n’est pas de grand auteur sans une déchirure profonde, sans une névrose qui chatoie aux différentes articulations de l’œuvre. Dans l’œuvre, le rapport aux grands espaces réinvestit cette dialectique d’extraversion / introversion. Toute la production de Saint- Exupéry est une tension bilatérale entre l’Infini et le point de repère, l’éparpillement et la conjonction. Pourtant l’élan qui le porte vers l’infini n’est pas dicté par la fièvre de l’aventure, comme on serait facilement tenté de le croire. Saint-Exupéry, au fond, se cherche lui- même. Quand il plonge dans les déserts, il est semblable au chercheur qui a besoin d’aller au -delà des océans, trouver, dans les pyramides abandonnées, la carte d’un trésor qu’il retrouvera chez soi. Il lui faut impérativement découvrir un sens à la vie, celui de sa vie d’abord. Cependant l’écrivain - pilote connaît le danger de l’entreprise. Si se chercher canalise toute l’énergie de l’élan, se trouver devient le but suprême de la quête. Et comment Saint-Exupéry concevrait-il toute idée de s’envelopper, fût -ce dans sa propre peau, quand il fait dire au Guide de la Citadelle, douze ans après Rivière : « N’espère rien de l’homme s’il travaille pour sa propre vie et non pour son éternité » (Saint-Exupéry 2000, 43). Plus concrètement, le moi doit se lier à plus grand que soi, qui assure sa relation au cosmos et sa pérennité. D’où la poétique de conjonction chez Saint - Exupéry ― Citadelle s’ouvre sur un « car » ; dans Vol de nuit , le deuxième paragraphe du récit qui réconcilie l’aviateur à la terre commence par une conjonction : « Et le pilote Fabien… » (Saint-Exupéry 1931, 5). Ainsi, au-delà, cette dialectique du mouvement chez Saint- Exupéry interroge une obsession plus fondamentale, celle du sens des choses, c’est -à-dire ce qui fonde les certitudes tout en refusant la sclérose du sédentaire ; qui pourrait se résumer en Dieu, nommé ou tu. Chez un penseur dilaté qui se totalise comme « un refus de conclure » (Van Tuyl 170), Dieu devient, non plus un but, mais une mystique du mouvement, de la tension vers. Car, à la différence du
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