AGAPES FRANCOPHONES 2025

Moustapha FAYE 77 Et c’est pourquoi la prière du Guide de la Citadelle remercie pour le silence divin : « Et te louant cependant, Seigneur, de ce que tu ne me répondes point, car si j’ai trouvé ce que je cherche, Seigneur, j’ai achevé de devenir » (Saint-Exupéry 2000, 599). L’élan vers Dieu devient ainsi perpétuelle ascension (un des termes préférés de l’auteur). Le but se dérobe à chaque pallier qui montre, tout au plus, une autre facette de la quête. Chez l’aviateur ― qui réalise chaque jour qu’on n’approche des astres que pour mieux en sentir l’éloignement ― le rapport au divin est de l’ordre non pas de l’inaccompli mais du perpétuellement à accomplir, Dieu étant ferveur renouvelée : « Car une cité ne s’achève point. Je dis qu’est achevée mon œuvre simplement quand manque m a ferveur. Ils meurent alors parce qu’ils sont déjà morts. Mais la perfection n’est point un but que l’on atteigne. C’est l’échange en Dieu. Et je n’ai jamais achevé ma ville... » (Saint-Exupéry 2000 , 88). La fascination du désert s’explique avec plus de netteté : le Sahara devient le souffle qui décapsule et évente le cœur, réconciliant l’homme avec ce qui le dépasse et qui lui rappelle sa juste place dans un cosmos où il est un maillon, mais non le nœ ud. Les théoriciens du géocentrisme furent ceux qui trop se penchèrent sur la terre, et leur nombril. La vérité de l’homme devient dès lors une question de foyer et d’angle de vue, et sortir de la caverne libère de la prison qu’est toute carapace non aérée par la générosité d’un élan. Ainsi le Guide distingue ce qui, fondamentalement, oppose le sédentaire au nomade : « À mes boutiquiers enrichis que gonfle la sécurité je préfère le nomade qui s’enfuit éternellement et poursuit le vent, car il embellit de jour en jour de servir un seigneur si vaste. Si contraint de choisir j’apprenais que Dieu refuse au premier Sa grand eur et ne l’accorde qu’au second, je plongerais mon peuple dans le désert. » (Saint-Exupéry 2000, 95). Conclusion Sous la plume de Saint-Exupéry, tout grand espace (désert, mer, ciel) s’absorbe dans la métaphore de ce qui refuse les petits arrangements commodes, de ce qui ouvre le cœur de l’homme au souffle des grands vents. Mais l’étendue est aussi ce qui anéantit l’homme ― et un pilote ne le sait que trop bien ― opposant à ses moindres certitudes les poussées de l’infini et le vertige de l’incommensurable. Quand, à l’aube naissante, le Guide se juche sur le promontoire de la citadelle pour embrasser du regard l’horiz on du désert, il chancelle de vertige comme devant la tempête de quelque Buisson ardent, avouant : « Tu es comme perdu dans une liberté

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