IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
183 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA Le DIL, comme le DD, sont les reflets de la conscience spontanée et du parler authentique : interrogations marquées par la panique et la précipitation, exclamations de surprise et de dépit, ponctuées d’interjections ( bon sang, zut ). Mais ce qui frappe, c’est que ce monologue présente une structure dialogale, revêtant à son tour le caractère d’un débat : chaque interrogation angoissée est suivie d’une réponse sur la même tonalité. On retrouve ce débat au moment où Arthur interpelle son alter ego sur un ton de reproche : « Idiot, tu fais du beau travail » L’autre ricane... Mais ce dédoublement qui se veut autocritique n’est pas exempt d’une certaine hypocrisie. Enfin, l’intrication du PDV asserté et du PDV représenté dans ce texte fait que toute une série de termes reçoivent leur référence spécifique par rapport au hic et nunc de l’acte de perception / réflexion du personnage : les déictiques, où il faut inclure aussi les tiroirs associés au présent, les descriptions définies ( la clef, les pneus, le ruban, le bouton de la porte , la glace Empire , etc.) de même que les subjectivèmes affectifs ( la clef mastodonte, rosse, idiot, le moustachu ). En revanche, les qualifications contradictoires Ce fils indigne qui ne déteste point son père renvoient au PDV du narrateur, qui prend une distance ironique vis-à-vis du héros et de ses exploits : « Arthur se réinstalle avec importance sur le siège » ; « Mieux que papa… gouaille le triomphateur » ; « il sourit farouchement en écarquillant les yeux ». Tout au long du premier chapitre, on peut relever d’autres expressions où transparaît l’ironie de l’auteur, ce qui prête à ce récit, dans les termes de Dorrit Cohn (1978), le caractère d’un psycho-récit dissonant. Les procédés de représentation narrative de la subjectivité (psycho-récit, perceptions représentées, monologue intérieur), ou, dans les termes de Rabatel, la scénographie énonciative sont mis en œuvre dans la narration au présent pour construire un sujet de conscience dont la prégnance favorise, chez le lecteur, les mécanismes psychologiques d’identification avec le personnage. Grâce à l’usage du présent, procédé de prédilection du récit-témoignage (Albérès 1967), le périple du héros n’est plus confiné dans les limites d’un passé irrévocable, mais « suspendu » à la progression de l’acte de lecture (cf. Revaz 2002). Pour conclure . La double énonciation, la disjonction locuteur/ énonciateur, la diversité des rapports DCn/DCé, les relations entre DD et DIL, les perceptions et les pensées représentées, l’intrication mais aussi l’interaction des points de vue raconté, représenté et asserté au cadre de la scénographie énonciative constituent autant d’instruments qui donnent accès aux plus subtils mécanismes de la construction du sens textuel. Les concepts méthodologiques que la linguistique de l’énonciation met à notre disposition ont déjà montré leur efficacité dans l’approche du texte littéraire. Les remarquables travaux de Dominique Maingueneau et d’Alain Rabatel ont contribué de manière essentielle à rétablir les ponts entre linguistique et littérature. C’est aussi
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