IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

195 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA géométrique presque ; il est même un des seuls qui voient. Il a l’obsession des masques comme nous, c’est un voyant comme vous et moi ; les bourgeois le traitent de fou. Je lui ai narré votre cas, et il s’y est intéressé naturellement ; il s’est pris d’une belle passion pour vous, sans vous connaître ; entre malades on se comprend toujours et, pour vous marquer sa sympathie, il a choisi dans ses cartons une de ses plus belles eaux-fortes, et m’a prié de vous l’offrir ; je vous l’adresse signée de lui. C’est sinon la plus belle, du moins la plus intense, de sa série de Masques. Vous verrez quel homme est cet Ensor et quelle merveilleuse divination il a de l’ invisible et de l’atmosphère que créent nos vices… Nos vices qui de nos visages font des masques. Attendez maintenant un télégramme de Leyde qui vous annoncera et mon succès et, cette fois, mon retour. Ethal 28 Le duc, éminemment curieux, décide d’ouvrir le rouleau avec l’eau-forte : Et, cette eau-forte d’Ensor, ce nouvel envoi ? Quelle horrible chose est-ce encore ? Je ne décachèterai pas ce rouleau, non, je ne veux pas l’ouvrir ; non, cette fois, je ne toucherai pas ce parchemin ; cette gravure, je ne la verrai pas. 9 août 1898 . — La Luxure 29 : ma curiosité a été la plus forte. J’ai rompu le cachet du rouleau. La Luxure, tel est l’ intitulé de l’eau-forte d’Ensor. […] Sur l’ épreuve de luxe, d’un faire savant, mais intransigeant et brutal, Ensor a paraphé de sa signature les vers de Baudelaire : « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ! » 30 Le duc de Fréneuse est complètement déstabilisé par la vue de la petite eau-forte d’Ensor. Il n’est pas le seul : l’univers d’Ensor, peuplé de masques, de squelettes et de bourgeois déguisés impressionne les esprits tourmentés comme Julien, personnage principal de La digue de Sébastien Boussois (France, Saint-Germain en Laye, 1978). Dieu est mort. L’ homme est proche de la fin. Julien tenta de chasser certaines de ses idées noires, celles qui l’ immergeaient dès que se noyait son esprit affecté. Parce qu’Ensor est plein de couleurs. Mais que personne n’est dupe. C’est de la peinture. Un moyen de cacher par des masques intégrés la vile réalité. Souvenez- vous des Bains d’Ostende . La bourgeoisie des bords de mer qui se jette à l’eau. 28 Jean Lorrain, Monsieur de Phocas , p. 132-133. 29 La luxure (1888) fait partie d’une série d’eaux-fortes intitulée Les sept péchés capitaux . 30 Jean Lorrain, Monsieur de Phocas , p. 132 et p. 136

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