IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025
194 ayez de cette obsession des masques, c’est de vous familiariser avec eux, et d’en voir quotidiennement » 26 ( Monsieur de Phocas , p. 114). Il lui recommande de regarder les œuvres de quelques artistes, parmi lesquels on retrouve Ensor : C’est assez pour aujourd’ hui, déclarait-il après une heure et demie de divagations, il faudra revenir et le plus souvent possible. Votre cas est si intéressant ! Quand vous serez plus aguerri, nous feuilletterons ensemble les albums des grands déformateurs, les Rowlandson, les Hogarth, les Goya surtout. Ah ! Le génie de ses Caprices, l’ horreur apaisante de ses sorcières et de ses mendiants ! Mais vous n’ êtes pas encore mûr pour le terrible Espagnol. Son œuvre, voilà le philtre de guérison. Il y a aussi Rops, mais les côtés luxurieux de l’artiste réveilleraient en vous des fièvres qu’ il faut laisser dormir. Ensor peut-être et ses cauchemars modernes, quand vous serez en bonne voie. C’est une vraie cure que j’entreprends. 27 Claudius Ethal part pour Ostende, pour rencontrer Ensor, le maître des masques. Le duc de Fréneuse attend impatiemment de ses nouvelles : 8 août 98. — Une lettre de Claudius. Elle est timbrée d’Ostende ; une lettre et un rouleau de parchemin ! Quel nouvel envoi ? Voyons la lettre : Mon cher duc, excusez-moi une fois de plus. Je vous fais faux bond pour la troisième fois, et vous avez renoncé, cet été à votre saison d’eaux et au Tyrol pour demeurer à Paris avec moi… Je serais le dernier des misérables si je n’avais pas le motif le plus sérieux de vous faire attendre. Le plus merveilleux bibelot, un objet du XVI e siècle tout à fait rare et d’un modèle dont je raffole, une pièce de musée comme on n’en rencontre plus sur le marché, m’est signalée par Ensor, et tout près d’ ici, en Hollande, à Leyde même. Je pars dans une heure pour Leyde, je reviendrai avec l’objet ou je ne reviendrai pas, car s’ il est tel que me l’a dépeint Ensor, c’est une pièce unique et qui sera ma gloire. Pour la fixer je reprendrai mes pinceaux et retrouverai mon talent : je peindrai cette chose et ne toucherai plus jamais une toile. […] Vous la verrez, vous la verrez et l’aimerez comme moi, plus que moi peut-être, et alors nous serons rivaux. Si je n’allais pas trouver cette chose telle que me l’a racontée Ensor ! Cet Ensor voit avec son imagination, mais sa vision est d’une probité parfaite, d’une précision 26 Idem , p. 114. 27 Idem , p. 114. Jan Goes
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=