IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

193 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA […] Dès 1885, des soleils me préoccupent. J’exécute plusieurs dessins : « Les Auréoles du Christ ou les Sensibilités de la lumière ». En 1886, « Les Enfants à la toilette ». En 1887, « Le Christ secourant St-Antoine » ». En 1888, « L’entrée du Christ à Bruxelles », œuvre solide jugée redoutable par nos cézannistes déconfits à l’œil fané reflétant des chandelles maigriottes, amincies alanguies. Cependant les œuvres s’accumulent. […] » 21 . Ensor n’est pas le seul à avoir l’obsession du masque : c’est le cas également du personnage principal de Monsieur de Phocas , roman un peu oublié de Jean Lorrain 22 , dans lequel Ensor apparaît. Le héros, le duc de Fréneuse, décide de partir en Asie, pour guérir d’un mal qui le ronge : la recherche d’un regard, un regard d’émeraude, qu’il ne trouve que dans les statues. Sa quête le conduit à l’obsession du masque, sous lequel il cherche encore ces yeux : J’ étais seul avec des masques, avec des cadavres masqués, pis que des masques, quand tout à coup je m’apercevais que sous ces faux visages de plâtre et de carton les prunelles de ces mortes vivaient. 23 L’EFFROI DU MASQUE Avril 1898. — Des masques ! j’en vois partout. La chose affreuse de l’autre nuit, la ville déserte avec tous ses cadavres masqués au seuil des portes, ce cauchemar de morphine et d’ éther s’est installé en moi. Je vois des masques dans la rue, j’en vois sur la scène au théâtre, j’en retrouve dans les loges. Il y en a au balcon, il y en a à l’orchestre. Partout des masques autour de moi. Les ouvreuses, qui me rendent mon pardessus, ont des masques ; des masques se présentent sur le péristyle, à la sortie, et le cocher du fiacre, qui me ramène ce soir, a la même grimace de carton figée sur son visage ! […] Un autre homme a la même obsession que moi, un autre homme a la hantise des masques, un autre homme les redoute et les voit, et cet homme est un grand peintre, un artiste anglais connu de toute l’Europe, une des gloires de Londres : Claudius Ethal, le fameux Ethal 24 , qu’un procès retentissant avec lord Kerneby vient d’ éloigner d’Angleterre et d’amener à se fixer à Paris. 25 Le duc de Fréneuse rencontre Ethal afin qu’il le guérisse de son obsession des masques. Ethal lui répond cependant que « la seule chance de guérison que vous 21 Ma vie en abrégé, dans Le littoral , le premier septembre 1934, Mes écrits , p. 15-16. 22 Jean Lorrain (Paul Alexandre Martin Duval), France, Fécamp, 1855-1906, écrivain décadent de la Belle Époque. 23 Jean Lorrain, Monsieur de Phocas , p. 101. 24 Même s’il est mentionné explicitement dans le roman, le personnage d’Ensor se laisse également deviner dans celui de Claudius Ethal. 25 Jean Lorrain, Monsieur de Phocas , p. 102 et 107.

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