IN HONOREM | MARIA ȚENCHEA | 2025

93 IN HONOREM – MARIA ŢENCHEA Ces expériences ont été pour moi des tremplins. Plus tard, avec la responsabilité de séminaires, j’ai découvert les rudiments de la pédagogie au niveau universitaire, qui n’est guère enseignée au niveau formel. C’est également grâce à elle que j’ai découvert la pragmatique avec les connecteurs logiques et la structure de l’échange dans l’interaction verbale, aspects qui ont pris forme dans un mémoire de licence, puis de maîtrise. Aujourd’hui, dans le Département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, j’enseigne à mon tour, transmettant à mes étudiants des notions de syntaxe et de rédaction. Parmi ces pratiques, l’une me tient particulièrement à cœur : l’ épreuve du gueuloir . Héritée de Flaubert via les cours de Maria Ţenchea, cette méthode consiste à lire à voix haute ses productions pour en tester la fluidité et la musicalité. Exercice censé rappeler à mes jeunes traducteurs et traductrices en devenir qu’un texte bien écrit doit également être agréable à entendre. Pourtant, mon parcours n’a pas été aussi facile que celui de mes étudiants, exclusivement formés à la traduction vers la langue maternelle. Issue d’une langue dite « mineure », j’ai dû apprendre à dompter le français, une langue qui n’était pas mienne, jusqu’à la maîtriser avec acharnement et en faire mon outil de travail, mon gagne-pain, mon univers. Une collègue française m’a écrit un jour : « Je ne te l’ai jamais dit, mais je suis toujours extrêmement impressionnée par ta façon de manier la langue française pour une étrangère. » Compliment sincère ou pique déguisée ? Peu importe. Je l’ai pris comme une reconnaissance du cheminement entamé grâce à ma professeure. Maria Ţenchea, à l’aube de vos 80 ans, votre voix continue de résonner. Vous m’avez appris que la langue n’est pas seulement un outil, mais une clé pour comprendre le monde et y laisser une trace. Merci, professeuRE !

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