Filiation protéiforme | 2026

162 Ramona MALIȚA éloignés de l’enfant du point de vue biologique. Qui plus est, la filiation spirituelle double la filiation biologique et s’accompagne de l’affection, de la protection et de la transmission des héritages matériels, mais assez souvent immatériels, absolument nécessaires au devenir psychologique de l’enfant. La verticalité généalogique, à savoir l’étude de la filiation en lignée directe, engage, dans le processus de la construction des liens familiaux, un « vecteur d’ordre » et « recherche [d]es fondations instauratrices » (Noudelmann 2004, 14) dans le but de recevoir des leçons de vie, car ce détenteur de sagesse est un « dérouteur des légitimités lorsqu’il retrace l’histoire des refoulements, des exclusions et des taxinomies » (2004, 14). Ce « vecteur d’ordre », cette « fondation instauratrice » – le père, la mère, un ascendant de toute façon – est susceptible d’offrir une explication possible et une solution viable pour la vie de la personne. Après avoir établi la source familiale – « être fils/fille de » –, l’étape suivante vise la transmission de l’héritage familial qui est plus chargée d’importance aux moments de fêlure, d’extrême tension, quand l’individu, avide de s’affirmer devant la communauté, donc à l’extérieur de chez soi, se trouve dans une situation à la limite du supportable et de l’ignorance. Pour anticiper un peu les illustrations littéraires qui vont exemplifier ces aspects théoriques, nous allons analyser comment la littérature met en avant les carences de l’individu sans expérience de vie, essayant de s’enraciner dans sa communauté, qui a nécessairement besoin de faire appel aux liens généalogiques dont le « vecteur d’ordre » détient les secrets des savoir-faire, savoir-être et savoir-vivre qui puissent aider l’enfant à la réussite sociale. L’étude des liaisons familiales devient plus complexe dans les circonstances défavorables de l’abandon temporaire ou définitif, laps de temps où les géniteurs ou les parents manquent complètement de la cellule familiale, car impliqués dans d’autres relations, souvent adultérines, même si amoureuses ; le père ou la mère devient ainsi le partenaire d’un Autre et le père ou la mère d’un autre enfant, donc c’est une autre « famille ». Or, ces escapades hors-mariage intéressent les écrivains dans la mesure où elles influencent la (dé)construction de l’identité familiale et bloquent le transfert de l’héritage familial vers la personne légitimée à le recevoir.

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