Filiation protéiforme | 2026

179 Admirari Marilina Ross Lula CARBALLO, écrivaine 1. Elle a dit Céleste , articulant en écho, chacune des syllabes : « Tu portes le prénom d’une grande chanteuse... » Mon prénom a traversé le fleuve qui séparait nos pays respectifs. Il s’est déposé sur la joue de la chanteuse avant de revenir habiter mon corps dans la cour d’école. J’avais cinq ans, je scrutais les gestes de l’éducatrice pendant notre conversation, convaincue qu’elle était, en fait, ma mère sous couvert. Elle incarnait les mêmes traits que je décelais sur le portrait de la pochette du disque. Trente-quatre minutes de musique que je faisais jouer en boucle, jour après jour, sans comprendre nécessairement le sens des paroles évoquées. J’étais fascinée par sa voix et par ses yeux qui étaient aussi un peu les miens. Je croyais, qu’à ma naissance, j’avais été mise en adoption parce qu’elle m’avait eue trop jeune et qu’elle était trop occupée, à l’époque, par sa carrière musicale. Mais qu’après de longues années de tournée, elle était revenue me voir dans la cour d’école et qu’en établissant des conversations anodines avec moi, elle semait des pistes que je devais déceler afin de découvrir ma véritable identité. Depuis cette première conversation, je la suivais partout. J’observais attentivement ses cheveux. L’éducatrice arborait une coiffure aux cheveux lisses. Ma chanteuse avait des cheveux frisés. Mais l’éducatrice avait des vagues dissimulées sous les mèches de sa coupe carrée. J’étais convaincue qu’elle se camouflait pour que je ne la reconnaisse pas facilement. Mais je

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