Filiation protéiforme | 2026
219 L’écriture de soi au prisme des récits de filiation : l’autobiographie de Colette Fellous, entre dette et héritage Conclusion L’œuvre autobiographique de Colette Fellous s’impose comme une quête intime et collective, où la reconstitution de l’héritage familial devient un acte nécessaire pour affronter le silence et les blessures du passé. À travers le prisme de la mémoire transmise par les objets, les récits et les silences, l’écrivaine explore les fractures et les réconciliations identitaires nées de l’histoire judéo-tunisienne. Sa démarche littéraire illustre combien la recherche des racines, loin d’être une simple nostalgie, est un véritable acte de résistance et de résilience. En se confrontant à ses origines, Fellous ne restitue pas seulement un héritage oublié, elle redonne voix à une communauté tout en construisant son propre récit, et, ce faisant, elle invite le lecteur à réfléchir à la complexité du lien entre mémoire, identité et transmission. L’autrice se remet donc au monde à travers l’acte d’écriture, que nous pouvons considérer comme un acte de mise au monde de soi par soi, pareil à « une nouvelle vie invisible en [elle], qui ne [lui] avait rien demandé, et qu’[elle] ne sentai[t] pas encore » (PE, 18). De fait, l’auto-engendrement s’effectue dans l’espoir d’une renaissance communautaire : « […] ce jour-là, nous avons été poussés dehors, nous avons signé notre disparition. » (A, 85). Selon Fellous « écrire, c’est toujours inventer » (A, 96), au sens étymologique du terme. Créer du nouveau est par conséquent un acte sous-jacent à son processus scripturaire. Animée d’un vrai élan de loyauté familiale et patrimoniale, elle revoit et ratisse méticuleusement l’H/histoire dans le but de réhabiliter une communauté qui se distingue par le sentiment de désenchantement lié au fait que les communautés ne sont plus intégrées les unes aux autres et que leur relation se caractérise par un clivage et même des conflits. Elle « offre [ces récits] à tous ceux qui […] se sont tus, croyant protéger leurs enfants. Tous ceux qui ont caché en eux-mêmes leur souffrance, qui ont fait comme si ce n’était rien de partir et de laisser ce qu’on avait construit lentement, de génération en génération » (PD, 144). À travers sonœuvre profondément ancrée dans lamémoire familiale et la quête identitaire, Colette Fellous nous rappelle que raconter son histoire, c’est avant tout se réconcilier avec les silences du passé et avec les fragments d’un héritage éclaté. En revisitant les blessures intimes et les tensions culturelles qui traversent sa famille judéo-tunisienne, elle fait
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