Filiation protéiforme | 2026

222 Constantin JINGA 1. Considérations préliminaires L’analyse que nous proposons est atypique, par rapport à ce que l’on voit souvent dans la critique et/ou dans la littérature de spécialité. Nos opinions représentent, en quelque sorte, notre réaction à un certain nombre de questions soulevées lors de la réunion des membres de la Société des biblistes orthodoxes roumains (SBOR), qui a eu lieu à Alba-Iulia, les 13 et 14 mai 2019. Nous sommes heureux de pouvoir révéler que la beauté de ces rencontres réside autant dans le fait que les participants ont l’occasion de partager leurs expériences, que dans la nature des discussions toujours effervescentes, souvent provocantes et, en tout cas, stimulantes qui en découlent. En fin de compte, le charme réside dans ces discussions sans fin. Dans le domaine biblique, la recherche est continue, puisque la Sainte Écriture ne propose pas un texte figé dans une seule lecture, avec des significations clouées à une interprétation unique, mais possède justement le pouvoir de déconstruire toute forme de stéréotypie, en invitant chaque lecteur disposé à s’engager dans un dialogue réel avec la richesse des significations de la parole biblique. Le thème de la rencontre d’Alba-Iulia a été « Dieu le Père dans la Sainte Écriture » ; les organisateurs ont choisi comme image emblématique de l’événement le célèbre tableau intitulé Le Retour du fils prodigue , de Rembrandt Harmenszoon van Rijn, le maître de l’âge d’or hollandais, toile inspirée de la parabole biblique de Luc 15. La reproduction de la pièce maîtresse de Rembrandt, centrée sur l’image de la paternité absolue, a orné l’affiche, les classeurs et les badges de l’événement en discussion. Cette image, devenue ainsi représentative, était accompagnée partout d’une citation tirée du livre de l’ Exode : « Le Seigneur, Le Seigneur, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté … » ( Exode 34 : 6). Comme on pouvait s’y attendre, ce choix a suscité une certaine réserve : ne pouvait-on pas trouver autre chose ? Peut-être une œuvre entièrement peinte selon les règles canoniques de l’herméneutique byzantine ? Bien entendu, ce moment a été dépassé avec un certain amusement bienveillant. Cependant, la référence au tableau de Rembrandt a été reprise au cours des débats, engendrant, jusqu’à la fin de la réunion, une série récurrente d’arguments significatifs, dont certains se retrouvent exposés dans les études du volume Annuaire de la Faculté de Théologie Orthodoxe « Patriarch Justinian » (2020).

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