Filiation protéiforme | 2026

239 Au nom du Père ... Avec Rembrandt, Au-delà des collines , à la recherche de la pertinence du texte biblique, aujourd’hui Par sa référence à Rembrandt, Cristian Mungiu renvoie indirectement à la parabole biblique de Luc 15. Ce lien avec la Bible est indirect pour des raisons qui, cette fois, ne relèvent plus de la censure, comme dans le cas de Tarkovski, mais plutôt du langage utilisé par les deux artistes. Bien que reléguée au niveau du sous-texte, la parabole biblique n’est qu’apparemment déconstruite. Seul le tableau est déconstruit, justement pour suggérer que le passage de Luc 15 est introduit dans le film comme une clé offerte au spectateur pour dépasser l’opacité de sa propre condition et pour débloquer le dialogue des subjectivités. Chez Cristian Mungiu, Le Retour du fils prodigue de Rembrandt est le miroir, tandis que le texte biblique est le concept, la norme à laquelle on devrait nous rapporter dans notre introspection ; le même texte biblique constitue également la lecture qui pourrait nous aider à sortir de sa rigidité existentielle (Ouaknin 1994, 294). En Roumanie, Au-delà des collines a suscité des réactions révélatrices d’une certaine incapacité à assumer un état devenu endémique. Les critiques de film ou les textes de réception que nous avons consultés s’efforcent soit d’accuser, soit de disculper, soit de diagnostiquer quelque chose ; bien souvent, ce « quelque chose » se trouve en dehors du domaine de l’auteur. C’est assez rare que les critiques osent abandonner le masque d’une objectivité professionnelle pour assumer la subjectivité de leurs commentaires et se regarder dans les miroirs proposés par le film. Notre analyse prend ce film pour pertinent concernant les mutations qui commencent à se produire lorsque le texte biblique est cantonné dans un culte, encapsulé culturellement, objectivé spirituellement, et en conséquence, presque totalement ignoré sur les plans subjectif, personnel et pratique. Dans le film de Cristian Mungiu, le texte biblique est une constante omniprésente, perçue par tout le monde, mais à éviter à tout prix. 5. Au nom du père , Jim Sheridan (1993) On peut relever une autre exploitation particulièrement poignante du motif du retour du fils prodigue, qui mériterait d’être mise en lumière à travers le film Au nom du père [In the Name of the Father], réalisé par Jim Sheridan (1993) 17 . L’accent y est mis sur des aspects qui, à première vue, 17 Pour plus d’informations sur le film, voir https://www.imdb.com/title/ tt0107207/, https://www.cinemagia.ro/filme/in-the-name-of-the-father- in-numele-tatalui-3593/, https://filme-carti.ro/filme/in-the-name-of-the- father-1993-2103/ (consultés le 20.01.2020)

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