Filiation protéiforme | 2026
246 Constantin JINGA cinématographiques, révèle que la Bible est présente dans la culture contemporaine, plus que ne l’on imagine, sous des formes d’expression et dans des contextes souvent surprenants, parfois niés ou répudiés (Pyper 2012, 79). Ce rejet, que nous avons signalé dans le cas du film Au-delà des collines , est motivé, d’un côté, par notre tendance de considérer la Bible comme un lien avec un univers référentiel spécifique et, d’autre côté, par notre préjugé que l’exégèse serait une répétition des solutions interprétatives déjà consacrées. Enmême temps, nous constatons que, lorsque le texte biblique est extrait de cet univers référentiel, il semble se liquéfier, mais il ne cesse pas d’offrir des solutions exégétiques. Et cette constatation, il faut l’admettre, nous trouble. Cela signifierait donc que le texte biblique a perdu sa pertinence aujourd’hui ? Ou bien, le fait qu’il soit ainsi reçu et exploité pourrait-il indiquer que cette diversification des perceptions et des usages constitue une altération ? Pourtant le texte biblique reste fonctionnel, même s’il n’a plus nécessairement un sens solide, canonique ou normatif. Il semble influencé par la manière dont il est lu, sans doute façonné en fonction de la coopération du lecteur, et, par conséquent, il entre dans un état paradoxal. Il aide le lecteur à se retrouver, à repenser sa condition, à découvrir ses faiblesses et à retrouver ses structures internes. Apparemment, cette perspective ne contredit pas la tradition largo sensu , mais le texte biblique est lui-même en mouvement continuel. Comme tout langage, il est caractérisé par une certaine fluidité et, comme la force de l’eau qui coule, il transforme le lieu traversé tout en préservant la mémoire de ce lieu 23 : il clarifie. Notre conclusion est valable pour les œuvres artistiques analysées ci-dessus et, probablement, par extension, pour d’autres œuvres similaires. Cependant, Le Retour du fils prodigue , Solaris , Le Retour , Au nom du père , et même Au-delà des collines se situent toujours dans notre zone de confort exégétique. Pourtant, une production comme La Vie de Brian , une parodie cinématographique provocatrice, lancée en 1979 par le groupe humoristique Monty Python 24 , comment l’inclure dans notre analyse ? Ce film raconte la biographie imaginaire d’un personnage fictif, Brian de Nazareth, né en même temps que Jésus- Christ et constamment confondu avec le Messie par les Juifs et les Romains, malgré ses efforts pour prouver le contraire. Ce quiproquo donne lieu à une série de situations comiques fort chargées de sous-entendus. Dans les années 1980, le film a été 23 « Le langage humain a une liquidité, un débit… » (Bachelard 1947, 22). 24 Pour plus d’informations sur le film, voir https://www.imdb.com/title/ tt0079470/ (consulté le 20.01.2020)
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