Filiation protéiforme | 2026

42 Ana M. ALVES Conclusion Nous pouvons affirmer qu’Annie Ernaux fait partie des « avatars de cette nouvelle fiction critique [qui ne] sont plus des écrivains engagés, mais des auteurs impliqués qui plongent dans l’imaginaire de la fracture qui conditionne désormais les productions romanesques, leurs références sociales, idéologiques, ou leurs pratiques d’écritures » (Alves 2021, 115). L’écrivain ne descend plus dans la rue comme on le ferait dans une arène : il y marche parmi les autres, et sa prose s’éprouve à cette seule mesure (Blanckeman 2015, 163). Ernaux s’inscrit parmi ces écrivains qui, tout en racontant le passage du temps, capturent différentes façons de l’appréhender, en particulier à travers des mémoires familiales souvent fragiles et humiliées. Elle exprime ainsi son désir de comprendre et d’exposer ce « que ce monde a imprimé en elle et ses contemporains » (Ernaux 2008, 250). Pour ce faire, elle se sert de l’outil littéraire afin de « reconstituer un temps commun, celui qui a glissé d’il y a si longtemps à aujourd’hui – pour, en retrouvant la mémoire de la mémoire collective dans une mémoire individuelle, rendre la dimension vécue de l’Histoire » (Ernaux 2008, 250). Comme le souligne Dominique Viart, Annie Ernaux « met en œuvre, au sens plein de ce terme, une forme de conscience historique et sociale de soi » (2014a, 45). Son projet d’écriture est celui de rendre compte, ce qui constitue un acte éthique. Sa démarche d’écriture est, sans aucun doute, « profondément une œuvre de son temps, celle d’une écrivaine engagée dans son siècle, une œuvre séculière » (Viart 2014a, 27). Notre travail a permis de montrer comment l’écriture d’Annie Ernaux articule une éthique du réel à une esthétique de la mémoire, en reconfigurant les catégories de l’autobiographie, du témoignage et de l’écriture de soi. Contrairement aux lectures centrées sur l’autofiction ou sur le moi narratif, notre approche insiste sur la dialectique entre filiation sociale – mémoire humiliée – posture d’implication. Ce triangle dynamique constitue, selon nous, le noyau éthique et politique de son projet littéraire. En effet, Annie Ernaux est une écrivaine impliquée dans son époque. Son écriture dépasse le récit personnel pour s’ancrer dans un contexte social et historique, où elle interroge les enjeux de son temps. Par cette démarche, son œuvre devient à la fois une réflexion critique

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